Destination Amazonie # Part 1

Et voila la première partie de ma nouvelle sur le thème « post apocalypse », j’espère que ça vous plaira!! N’hésitez pas à me donner vos avis en commentaires 😉 

© samsha tavernier, Tous droits réservés

L’article L.335.2 al 3 du Code de la propriété intellectuelle dispose : « La loi incrimine au titre du délit de contrefaçon : toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi ».

Destination Amazonie

Les jambes dans le vide, Summer contemplait le lit sec et rocailleux de l’ancienne rivière. Elle aimait venir s’asseoir sur le vieux pont rouillé et se rappeler comment c’était avant. Elle ferma les yeux et imagina une douce brise rafraîchissante faire voler ses cheveux en un halo autour de son visage. D’habitude, lorsqu’elle se concentrait très fort, elle arrivait à se souvenir du clapotis provoqué par les remous de l’eau contre les pâles parois rocheuses, cependant ce jour-là, le raffut provenant de la carrière l’en empêcha. Elle renonça donc à son rêve salvateur et rouvrit les yeux un peu frustrée. Elle fut un instant éblouie par la blancheur aveuglante du soleil avant de distinguer une silhouette à sa droite, le visage mangé par les ombres dues au contre-jour. Ceci ne perturba nullement Summer qui aurait reconnu l’individu entre mille.
Joshua était torse-nu, ses muscles saillants encore tendus par l’effort récemment effectué. De grosses gouttes d’une sueur poisseuse roulaient entre ses omoplates. Il vient glisser ses jambes entre les croisillons de métal du pont et se laissa tomber à côté de Summer.
Ils restèrent, pour ce qui parut un long moment, plongés dans les yeux l’un de l’autre sans dire un mot. Par les temps qui couraient mieux valait, de toute façon, économiser sa salive. Ce fut Summer qui, la première, rompit leur moment d’intimité, laissant de nouveau courir son regard vers le paysage dévasté s’entendant devant eux à perte de vue.

Destination amazonie (1)

Cela faisait désormais cinq ans que la nature avait repris ses droits sur la civilisation qui l’avait tant malmenée et Summer n’arrivait même plus à se souvenir du dernier jour où elle avait eu froid. Le changement climatique n’était pas survenu du jour au lendemain mais de façon sournoise, discrète malgré que perceptible. Il avait d’abord cessé de neiger, puis les océans s’étaient réchauffés de quelques degrés, les étés étaient devenus caniculaires et les mois d’automne moins pluvieux. Tout cela s’était déroulé à un rythme qui leur avait laissé le temps de s’adapter, de changer leur mode de vie, jusqu’à ce qu’un nouveau dérèglement ne survienne et rajoute une nouvelle variable à leur quotidien. Ce n’est que lorsque la couche d’ozone s’est émiettée comme un vieux gruyère que l’enfer a débuté. La terre est entrée en fusion et les rayons du soleil ont entrepris leur œuvre, imperturbables à la désolation qui s’est répandue sur la terre en même temps que leur chaleur. Bientôt il ne resta plus que des cendres et des gravas pour rendre gloire à la civilisation humaine qui s’était pendant si longtemps sentie invincible.
L’évaporation d’une grande partie des eaux fut suivie d’un phénomène plus dévastateur encore : la fonte des réacteurs nucléaires. Partout où de telles usines avaient existé, les pertes furent considérables. La plupart périrent tandis que les survivants subirent les répercussions des radiations, plus ou moins gravement. Les malformations étaient désormais monnaie courante, les maladies infectieuses également. Ni la faune, ni la flore terrestre ne furent épargnées.

Summer essuya du revers de la main des perles de transpiration qui lui brûlaient les yeux. On aurait pu croire qu’elle se serait habituée à la chaleur depuis le temps, mais il faut croire qu’on ne s’habitue jamais vraiment aux choses déplaisantes. Elle reporta son attention sur les rangers de Joshua se balançant nonchalamment dans le vide.

– J’imagine qu’il est l’heure d’y retourner. Soupira-t-elle.

– Qu’ils aillent se faire voir ! Répliqua Joshua d’un ton acerbe. Le jeune homme était un rebelle dans l’âme, un anticonformiste qui ne supportait pas l’autorité, ce qui lui attirait indubitablement une foule de problèmes. Summer ne tint pas compte de la réponse de Joshua et se remit debout dans un grognement avant de tendre la main à son compagnon. Face à son invitation, il ne protesta pas davantage, lui prit la main et ensemble ils se mirent en route pour la carrière. Là-bas, la cacophonie de burins sur la pierre et l’odeur de rouille étaient étourdissants. De petits nuages de poussières blanches voletaient autour des travailleurs, comme s’ils avaient glissé la tête dans des bulles de savon. Lorsque le contremaître les aperçu, il leur aboya quelques ordres et les affecta à leur mission de l’après-midi.
Après que la catastrophe planétaire ait touchée l’humanité toute entière, on avait cru un instant que les choses finiraient par s’améliorer et que les gouvernements apprendraient de leurs erreurs. Pourtant, le progrès escompté n’avait jamais eu lieu. Au contraire, la nouvelle organisation sociétale fit la part belle à la lutte des classes. La population restante fut divisée en castes bien distinctes : les gouvernants et leur cercle, la milice et les travailleurs.
La caste supérieure occupait les postes les plus gratifiants de la société, disposait de ressources quotidienne assez variées et surtout du droit exclusif de se droguer. En effet, seuls les produits stupéfiants arrivaient encore à soulager les souffrances psychiques et physiques endurées et il était maintenant quasi impossible de s’en procurer. Ironique renversement de situation.
La milice quant à elle était le chien de garde des privilégiés. Composée uniquement d’individus ayant développé des capacités hors normes suite aux radiations. Ces derniers étaient les seuls autorisés à porter des armes – de plus en plus rares – et bénéficiaient de passe-droit partout où ils allaient.
Le dernier groupe, le plus vaste, était constitué par tous les individus restants. Ils se répartissaient les différents postes nécessaires à la survie de l’espèce, certains étant plus gratifiants que d’autres. Joshua, Summer et leur groupe d’amis occupaient un des emplois les plus ingrats : les travaux de reconstruction, s’échinant à la tâche toute la journée et souvent une partie de la nuit. Ce genre de tâches étaient confiés aux jeunes bien portants et ne présentant que des malformations bénignes, voire pas du tout. Dans ce dernier cas, les mauvais traitements étaient encore plus fréquents, comme s’il fallait rééquilibrer la balance.
Déblayer les gravats, tailler en pièces les blocs de pierres les plus importants, revisser les rails de chemins de fer les moins endommagés. Rien qu’en pensant au travail de forçat qui l’attendait, Summer se sentit exténuée.
Au cœur de l’après-midi, la chaleur devint tellement insupportable que des malaises intervinrent à répétition et le seul réconfort de Summer fut de travailler main dans la main avec son amie Elsa. La jeune femme avait pris l’habitude de chantonner pendant ses travaux de bagnard. Sa voix était claire et apaisait quelque peu les maux de Summer.

Tard dans la soirée, les ombres s’allongèrent enfin et l’astre solaire perdit de l’altitude faisant baisser de quelques degrés la température. Toujours pas le signe d’un souffle d’air frais mais ce changement fut néanmoins accueilli de bon cœur. Un sentiment assez proche de la satisfaction emplit la jeune femme lorsqu’elle constata sur le planning projeté toutes les heures sur le bâtiment central qu’elle était de repos pour la nuit. Elle allait enfin pouvoir dormir un peu. Avec un peu de chance Joshua serait off également et ils pourraient passer la nuit ensemble. Les moments d’intimité ne leur étaient pas souvent accordés étant donné qu’il fallait une autorisation des gouvernants avant de pouvoir concevoir une progéniture. Les ressources s’amenuisant constamment, les bouches supplémentaires à nourrir n’étaient pas vues d’un bon œil.
Au loin, Summer entendit la voix grave de Joshua. Ils n’étaient pas censés parler au travail, mais comme à son habitude le jeune homme n’en avait cure. Il n’était pourtant pas du genre loquace et probablement parlait-il pour ne rien dire dans un pur esprit de provocation. Elle s’approcha pour lui faire part de la bonne nouvelle, s’imaginant déjà calée contre son torse. Lorsqu’il la vit, le jeune homme lui saisit le poignet et la tira en retrait derrière une vieille carcasse de voiture dont la carrosserie oxydée avait pris des teintes orageuses.

– Marshall a obtenu une info. Un vieil immeuble désaffecté au sud de la ville où ils ont stocké tout un tas de livres qu’ils comptent détruire demain…

– Il faut donc agir cette nuit … finit la jeune femme dans un soupir. En quelques secondes tous ces merveilleux plans venaient de tomber à l’eau. A la place une bonne dose d’adrénaline et l’angoisse d’être pris à tout instant.

Non seulement les castes supérieures reproduisaient les erreurs du passé, mais elles souhaitaient également en effacer toutes traces. Éradiquer le passé, « une belle connerie » comme disait Joshua. Chaque trace de civilisation antérieure était soigneusement détruite, dans le but de repartir sur de nouvelles bases plus saines selon la propagande officielle. Mais aucun des amis de Summer n’était dupe. C’était surtout pour leur faire peu à peu perdre toute trace d’humanité persistante et les sentiments allant avec comme la compassion, le désir … la révolte.
L’idée que des centaines de milliers d’objets appartenant à une vie meilleure puissent disparaître pour de bon était insoutenable. Les chefs d’œuvre de la littérature, les toiles de maître, les reliques religieuses tout y passait. Aussi le groupe de cinq amis composés de Summer, Joshua, Elsa, Marshall et Dan luttait bec et ongles pour sauver ce qui pouvait encore l’être. Un peu partout dans le pays des petites factions de défenseurs du passé comme la leur s’étaient créées. Lorsque c’était possible elles communiquaient entre elles par le biais des anciennes stations de radio en langage codé. C’était comme ça qu’ils obtenaient des infos parfois véridiques, parfois non. Lorsqu’un livre ou une peinture était sauvée c’était déjà une victoire. Leur mission consistait alors à la photographier – lorsqu’un tel dispositif technologique était en leur possession – ou a la reproduire vulgairement en plusieurs exemplaires. La reproduction était une tâche difficile qui consistait à recopier ligne après ligne un texte original. Des heures entières y étaient consacrées chacun se relayant à tour de rôle. L’œuvre était ensuite conservée dans un endroit secret où viendraient l’y rejoindre quelques autres avant de sceller les lieux et de trouver une nouvelle cachette pour qu’en cas de découverte par la milice toutes les œuvres ne soient pas mises en danger.

– On a des infos sur ce que c’est ? Murmura Summer.
– Apparemment des dizaines de livres : des essais, des pièces de théâtre. Selon la source de Marshall il y aurait même une bible.
– Waouh ! C’est quoi le plan ? Qui vient ? – Elsa, Dan, toi et …

– N’y compte même pas ! L’interrompit-elle. Un pli soucieux s’était formé entre ses sourcils en constatant l’expression de Joshua. Il voulait venir, ne supportant pas de rester de côté lors de telles missions, mais c’était trop dangereux. S’il n’était pas de repos cette nuit, fuir quelques heures son poste de travail pourrait faire capoter la mission. Surtout qu’en ce moment le contremaître était aux abois, la restauration de la ligne principale de chemin de fer devant être clôturée d’ici la fin de la semaine.

– Je serais discret et Marshall me couvrira. Maugréa Joshua. Summer n’eut pas le temps de répliquer. Elle entendit derrière elle les grosses bottes du contremaître, bruit qu’ils avaient tous appris à reconnaître rapidement pour éviter les ennuis. Ils étaient cuits. Il allait les questionner pendant des heures sur l’objet de leur petite discussion et allait probablement supprimer le off de Summer par la même occasion.
Joshua la tira brusquement vers lui et colla sa bouche sur la sienne dans un baiser passionné. Elle sentit son souffle chaud pénétrer dans sa bouche entrouverte et sa langue danser contre la sienne. Elle espérait que leur tentative les épargnerait un peu. Être pris en flag de flirt n’était pas sévèrement puni tant que ça n’allait pas trop loin, surtout lorsqu’on était en couple depuis un certain temps comme Summer et Joshua. En outre, le contremaître était un vicelard qui aimait bien se rincer l’œil de temps en temps. Summer enroula ses bras autour de la nuque de Joshua, histoire de donner l’illusion d’un geste plus spontané. Le raclement de gorge du contremaître les interrompit et malgré sa façade sévère, Summer lut clairement une lueur lubrique et amusée dans son regard.

– Éloignez-vous l’un de l’autre immédiatement ! On n’est pas à l’hôtel ici, retournez au travail et que ça saute ! Summer et Joshua s’exécutèrent sans faire d’histoire, la jeune femme prit même un air affreusement gênée pour donner le change.

– Toi, je t’ai bien à l’œil ! Fais gaffe avec moi ! Ajouta le contremaître à l’adresse de Joshua un doigt accusateur pointé sur sa poitrine. Joshua ne cilla pas, ne fit pas un pas de recul, ni ne baissa les yeux comme l’aurait exigé la convenance. Au contraire, il arborait une expression de défi à peine dissimulée sur le visage, les épaules bien droites, ses rangers campés dans le sol prêt à en découdre. S’il continuait comme ça, ça sentirai vite le roussi. Le contremaître appellerait la milice qui ne se trouvait jamais bien loin et à un contre deux ou trois, Joshua se prendrait une taulée monumentale. Non pas que ce soit la première fois, mais ça déchirait toujours le cœur de Summer de voir l’homme de sa vie se faire malmener à coup de poings et de barres de fer.
D’un signe de la tête, elle indiqua à Joshua de lâcher l’affaire et à sa grande surprise, pour une fois, il l’écouta. Il baissa lentement les yeux et cela parût satisfaire le contremaître au plus haut point, alors qu’une minute auparavant il était probablement prêt à uriner dans son froc trop serré.
Rassurée, Summer allât reprendre sa place à côté d’Elsa, une très belle jeune femme, bien faite à peau noire tannée par le soleil lancinant.

– Je suis au courant pour cette nuit. Lui glissa-t-elle à l’oreille. Elsa acquiesça pour lui faire comprendre qu’elle avait entendu et qu’elles en parleraient plus tard.

Une éternité passa avant que le soleil ne se décroche enfin du ciel et qu’une accueillante obscurité les englobe, impénétrable.
Summer, Dan et Elsa se tenaient dans une baraque de chantier à une cinquantaine de mètre de la carrière. Un plan tracé grossièrement à la main déplié entre eux et une unique flamme de bougie pour éclairer la scène. Du doigt, Dan traça un trait invisible entre leur point de départ et l’immeuble désaffecté, point d’arrivé. Joshua n’avait pas menti lorsqu’il avait indiqué que ce dernier se trouvait au sud de la ville. Il leur faudrait au moins trois heures de course avant de l’atteindre, sans compter qu’ils seraient ralentis par les multiples détours nécessaires pour rester invisibles aux yeux de la milice déployée dans toute la ville à cette heure tardive.
Sans tarder davantage, les trois amis se mirent en route en emportant chacun un sac à dos vide – pour y transporter leur trésor sur le chemin du retour – et une gourde à moitié vide, la sécheresse permanente ne leur permettant pas de boire à leur soif.

La traversée fut longue et éprouvante. Malgré l’heure le thermomètre devait bien indiquer dans les 34 degrés et l’effort à accomplir n’en fut que plus difficile. A moitié courbés, ils couraient silencieusement dans les ruelles longeant les murs des hauts bâtiments. Ils étaient tendus, sur leur gardes et devaient sans cesse s’arrêter ou rebrousser chemin : un bruit les faisant sursauter ou une bagarre de rue attirant les hommes de la milice sur les lieux.
Alors qu’ils ralentissaient une nouvelle fois la cadence, Summer regretta que Joshua ne soit pas là pour prendre la tête des opérations. Nul doute qu’il ne prendrait pas toutes ces précautions et foncerait malgré la présence de la milice à quelques rues près. C’était certes plus dangereux, mais à cette allure l’aube aurait le temps de pointer son nez qu’ils ne seraient toujours pas arrivés à destination.
Elle ouvrit précautionneusement sa gourde tâchant bien à ne pas verser une seule goutte de son précieux contenu sur le sol aride qui l’absorberait aussitôt et s’accorda deux longues gorgées qui lui laissèrent un étrange goût dans la bouche. Son palais était si sec qu’elle parvint à peine à déglutir. Cachés dans l’ombre de ce qui restait d’un grand building, ils se tenaient tous les trois silencieux tandis que des voix se rapprochèrent dangereusement. Le sang de Summer se mit à lui vriller les tympans à mesure que les pas avançaient dans leur direction.
Ils s’arrêtent brusquement à un ou deux mètres d’eux :

– Il a l’air complètement stone celui-là non ? Demanda l’un deux. Celui à qui il s’adressait ne répondit pas, mais émit un grognement guttural qui la fit frissonner. Elle se risqua à passer la tête à découvert pour observer la scène avant que Dan ou Elsa ne puisse l’en dissuader. Ce qu’elle vit lui fit froid dans le dos. Le second milicien était monstrueux. Une aberration de la nature façonnée à grand renfort d’ondes radioactives. Il faisait une bonne tête de plus que son compagnon – pourtant déjà grand – et avait une carrure au moins deux fois plus imposante. Une de ses mains vous aurait facilement broyé la tête à la manière d’un presse-citron. Il était imberbe et la faible lueur de la lune se reflétait sur son crâne lisse le teintant d’une étrange couleur bleutée. L’homme-monstre saisit par le col un homme qui gisait par terre quelques instant auparavant, de toute évidence un travailleur, et le plaqua violemment contre le mur en lui aboyant à la figure :

– Tu as pris quoi ? De gros postillons atterrirent sur la figure de l’homme qui ne réagit pas.
– Qui est ton fournisseur ?? L’homme-monstre réitéra sa question face au silence de sa victime, puis commença à lui cogner vigoureusement la tête contre le mur espérant des aveux. Cette vision de violence fit frémir Summer. Comment pouvaient-ils en être arrivés là ? Elsa lui tira sur sa manche pour lui indiquer que la voie était libre, il était temps de repartir.
Summer fut soulagée de pouvoir échapper au reste de la scène et au triste sort qui attendait sans doute le drogué. Le reste du chemin ne fut plus interrompu et Summer s’appliqua à courir aussi vite que ses jambes fatiguées le lui permettaient afin de mettre le plus de distance possible entre elle et la scène qui la hantait toujours.
Enfin, ils distinguèrent le grand immeuble désaffecté. La plupart des fenêtres étaient brisées et du verre jonchait le trottoir. L’immeuble avait dû être un luxueux building empli de bureaux huppés compte tenu de son emplacement au sein du quartier d’affaire. Il comportait facilement une vingtaine d’étages et Summer se demanda combien de temps cela leur prendrait avant de mettre la main sur ce qu’ils étaient venus chercher. Il leur fallait se dépêcher, le jour se levant dans quelques heures à peine.

Une fois pénétrés à l’intérieur de l’immeuble, une forte odeur de roussie s’immisça dans leurs narines et ils ne leur fallu pas plus d’une seconde pour comprendre. La destruction avait eu lieu plus tôt que prévu. Tous les trois se ruèrent vers les escaliers de service et grimpèrent quatre à quatre les marches, suivant leur odorat jusqu’à la source du brasier. S’ils faisaient vite, ils pourraient peut-être sauver quelque chose. Il fallait qu’ils sauvent quelque chose, impérativement. Ils ne pouvaient pas avoir fait tout ça pour rien. Summer le refusait. Elle se souvint de ce qu’ils étaient censés trouver ce soir : une bible. C’était tellement rare, qu’elle s’était refusé d’y croire, mais s’ils avaient mis le feu plus tôt c’est que ce devait être vrai. Cette idée la fit redoubler de vitesse. Elle dépassa ses amis, sans les attendre et se rua sur la porte coupe-feu qu’elle tira de toute ses forces, une ouverture juste assez grande pour qu’elle puisse s’y faufiler.
Elle tomba à genoux devant le spectacle qui s’offrit devant elle. D’immenses flammes rouges léchaient le plafond de béton dégageant une épaisse fumée noire. Une chaleur digne de l’enfer se propageait, insensible aux larmes de Summer. Il était trop tard. Il ne restait que des cendres et des braises rougeoyantes de ce qui autrefois avaient fait la fierté de la race humaine. Un héritage de plus partis en fumée. Elle sentit à peine les mains réconfortantes de Dan et d’Elsa sur ses épaules secouées de sanglots. Elle ne voulait plus appartenir à ce monde de misère et la seule idée qui la réconforta c’est qu’ils fuiraient bientôt tous ensemble. Ils avaient entendu dire qu’une partie de l’hémisphère sud avait été plus ou moins épargnée par les catastrophes en chaîne. Les radiations y étaient également moins importantes, les usines nucléaires étant plus rares dans les pays dit du tiers-monde. Il restait même un semblant de vie sauvage dans certaines zones. Les rails qu’ils réhabilitaient permettraient dès la fin de la semaine à des cargaisons de voyager jusqu’à l’extrême pointe sud de l’Amérique latine. Leur plan était d’embarquer tous les cinq à bord d’un de ces trains de convoyage et de sauter en route une fois arrivés : destination l’Amazonie.

A suivre …

Texte : Samsha Tavernier

Illustrations : Christine Couturier

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Ta nouvelle est top ! J’ai hâte d’avoir la seconde partie 🙂

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  2. Christine dit :

    Ta nouvelle est très sympa.J’aime bien ton style d’écriture imagé.J’attends la suite avec impatience.

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  3. Victor dit :

    Quel début! Tu as même glissé quelques clins d’oeil notamment un à fahrenheit 451! C’est super! Vivement la suite!

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