Destination Amazonie # Part 2

Suite et fin de ma nouvelle sur le thème « post apocalypse » !!

© samsha tavernier, Tous droits réservés

L’article L.335.2 al 3 du Code de la propriété intellectuelle dispose : « La loi incrimine au titre du délit de contrefaçon : toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi. »

Destination Amazonie
Apprendre l’échec de la mission avait plongé Joshua dans une rage sans nom. Il haïssait cette vie et ces gens qui leur dictaient leur conduite et les asservissaient sans vergogne. Summer avait beaucoup pleuré suite à la perte monumentale qu’ils avaient subi ce soir-là, ce qui l’avait rendu encore plus en colère. Ils étaient bousillés, voilà ce que ce monde avait fait d’eux. Des êtres sans repères, désabusés et se contentant de minuscules instants de vie. La vie, lui, il voulait la bouffer à pleines dents. Il était encore jeune, plein d’envies et de passion. Jamais ils n’arriveraient à éteindre le feu qui courait encore dans ses veines, il ferait tout pour les en empêcher. Le désir et la spontanéité c’est ça qui le faisait avancer. Il était impulsif, fiévreux, très irréfléchi aussi. Mais par les temps qui couraient Joshua percevait son caractère comme une marque de rébellion. Tout était bon à prendre pour faire chier cette bande de rats pensa-t-il.
S’il les avait écoutés, il n’aurait même plus eu le droit de toucher Summer. Qu’ils aillent se faire voir. Elle était ce qui avait de plus cher, tout ce qui lui restait. Ils leur avaient pris tout le reste dans le but de les anéantir, mais les avaient rendus plus forts sans le vouloir.

Après l’incident de l’immeuble désaffecté, ils avaient tous redoublés d’efforts et travaillé d’arrache-pied sur cette foutue ligne de chemin de fer. Jour comme nuit. Même le pervers de contremaître en était resté scié. Il les avait félicité comme s’ils en avaient quelque chose à carrer. La seule chose qui faisait jubiler Joshua plus encore que de quitter le pays était d’imaginer la tête de cet imbécile lorsqu’il découvrirait qu’ils les avaient couverts d’éloges alors qu’ils trimaient pour s’enfuir. Cette pensée le fit sourire.
Désormais que la ligne principale était remise d’aplomb, ils ne leur restaient plus qu’à tailler la route. Plus facile à dire qu’à faire évidemment. Le marché noir de la drogue avait connu une pique de fréquentation ces derniers jours et les chiens de garde de miliciens étaient aux aguets. S’ils voulaient partir il faudrait le faire vite, avec les premiers trains. Sinon d’autres auraient la même idée qu’eux et ils leur seraient quasi impossible de mettre leur plan à exécution.
Il avait appris que les gouvernants viendraient inaugurer la toute nouvelle ligne à grand renfort de photos et de propagande. Tout le monde serait donc sur le qui-vive pour rendre les lieux aussi présentables que possible et les travailleurs bien dociles. Ce serait le moment où jamais. Il ne savait pas encore bien comment ils allaient faire, mais ils prendraient la poudre d’escampette le lendemain ou jamais. Le contremaître allait péter un câble lorsqu’il se rendrait compte qu’il avait perdu cinq de ses travailleurs à la veille d’une présentation officielle.
Summer était morte de trouille. Elle avait empaquetée toutes ses affaires dans le petit sac à dos avachi qu’elle utilisait lors de toutes ses missions et qui était désormais planqué dans le baraquement de chantier près de la carrière avec les quatre autres paquetages.
Jusqu’à la dernière minute personne n’avait su comment ils allaient quitter leur poste de travail sans se faire remarquer, puis Marshall avait eu une idée de génie. Il allait ouvrir les cages des chiens de la fourrière d’à côté pour faire diversion.
Les animaux avaient été particulièrement touchés par les radiations lors de l’explosion des usines. Ça les avaient soit tués, soit rendus extrêmement agressifs à l’encontre des hommes. Tout spécialement les chiens. De grandes campagnes d’extermination avaient été lancées dans les villes, mais on en gardait certains dans des fourrières lorsqu’il y avait un espoir de dressage. C’était la milice qui, le plus souvent, avaient recours à ces méthodes ou les travailleurs en haut du panier comme le contremaître.
Si Marshall réussissait à les libérer, les chiens deviendraient fous et se précipiteraient dans la carrière provoquant un magistral mouvement de foule puisque tous les travailleurs avaient appris à en avoir peur. C’était risqué certes, mais ça restait brillant. L’ordre mettrait tellement de temps à revenir qu’on ne remarquerait leur absence que très tard dans la soirée et à ce moment-là ils seraient déjà loin.
Le hic, c’est qu’ils devraient, par mesure de prudence, récupérer le train à la gare suivante située à plusieurs kilomètres au sud de la carrière, dans la même direction que le vieil immeuble qui laissait d’âpres souvenirs dans la mémoire de Summer et des autres.

Les montres étaient synchronisées et tous occupaient des postes proches les uns des autres pour être en mesure de se garder à l’œil. Pour le moment, tout était relativement calme. Personne ne semblait se douter que dans quelques minutes une vague de chaos déferlerait sur les lieux.
Haletante, Summer regardait sa montre-bracelet toutes les dix secondes. Alors qu’elle s’apprêtait a réitéré le geste réflexe pour la centième fois, les doigts de Joshua s’abattirent sur son poignet pour l’en empêcher.

– Calme-toi ou tu vas finir par attirer les soupçons. Lui souffla-t-il.

– Marshall a du retard ! Ça fait cinq minutes que ça aurait dû arriver. Josh, on a calculé juste, il ne faut pas qu’on rate le train.

– Je sais, mais ça ne sert à rien de s’exciter comme ça. Tu rends tout le monde nerveux.

– Il se passe quoi si ça rate ? Demanda-t-elle, sans réellement tenir compte du reproche de Joshua.

Celui-ci n’eut pas le temps de répliquer, car des aboiements furieux déchirèrent l’air et remplirent la carrière. Tous les travailleurs s’immobilisèrent brusquement dans leur mouvement. Le contremaître se leva et sa chaise en plastique tomba, entraînée dans son élan. Plus personne ne bougea et un silence irréel tomba sur la carrière comme une chape de béton.
Le silence fut de nouveau éventré par des grognements lorsque la horde de chiens apparue. Tout le monde parût brusquement retrouver le contrôle de son corps et tous se mirent à fuir en même temps dans des directions différentes, criant et s’agitant. Le contremaître semblait hésitant, ne sachant pas s’il devait fuir ou lutter pour faire revenir l’ordre. Il opta finalement pour la première option et parti en direction des casernes de la milice dans l’ultime espoir que ces derniers pourraient contrôler les bêtes ou les tuer.
La vision des chiens était si effrayante que peu avait remarqué que les animaux enragés poursuivaient un seul et même homme : Marshall.
De mémoire d’homme, on n’avait jamais vu quelqu’un courir aussi vite. L’instinct de survie et le désespoir décuplant ses forces.
Comme prévu, Elsa avait déjà quitté sa position pour se rendre à la baraque pour récupérer leurs équipements. Summer aurait dû aller la rejoindre tandis que Dan et Joshua prendraient un autre chemin pour ne pas éveiller les soupçons au cas où quelqu’un aurait eu la lucidité de regarder ce remue-ménage avec attention.
Seulement un mauvais pressentiment empêchait Summer de bouger. Elle était clouée sur place observant la scène comme dans un rêve. Tout à coup, ce qu’elle redouta arriva. Dans sa précipitation, Marshall se tordit la cheville contre un bloc de pierre lâché par un des travailleurs dans son urgence de fuir les lieux. Le garçon se vautra de tout son long tandis que les chiens récupéraient la maigre avance qu’il avait prise sur eux.
Summer comprit immédiatement ce qui allait se passer et se mit à hurler. Son cri fit se retourner Joshua et Dan dans sa direction, puis dans celle de Marshall. Tous les trois s’élancèrent comme un seul homme vers leur ami toujours a terre, visiblement un peu sonné par sa chute et peinant a reprendre haleine.
Summer arriva la première devant Marshall, elle se saisit des mains moites et glissantes du jeune homme et le tira de toutes ses forces, arrachant des cris de douleur à Marshall dont le corps traînait par terre et passait sans ménagement sur les pierres. Joshua arriva à son secours et serra les mains sur celles de Summer afin de multiplier leurs forces. – Met toi debout mec !! Hurla Joshua à l’adresse de Marshall.
Mais le malheureux n’arrivait pas à prendre appui sur sa cheville blessée. A deux, puis bientôt à trois ils traînèrent Marshall de plus en plus vite, tout en avançant à reculons.
Ils n’allaient pas assez vite. Les chiens bondissaient vers eux à une allure folle, plus que quelques centimètres et le premier de la troupe serait en mesure de refermer sa mâchoire d’acier sur les jambes de Marshall. Tous hurlaient sous l’effort.

– Lâchez-moi ! Lâchez-moi !! Hurla-t-il à l’adresse de ses amis. Dan obéit à la supplique le premier :

– Il a raison ! On ne s’en sortira pas !
Summer n’arrivait pas à en croire ses oreilles. Ils ne pouvaient pas l’abandonner comme ça. Marshall leur avait offert la clé pour se libérer, ils ne pouvaient pas le laisser là en plan, l’offrant en sacrifice au profit de leur bonheur.
Elle fut soulagée de sentir que la pression des mains de Joshua sur les siennes ne faiblit pas. Summer observa avec horreur les chiens bondirent vers son ami, un à-coup de leur part leur permit de faire échapper Marshall de quelques millimètres à peine aux crocs meurtriers.

– Cassez-vous !! Si vous êtes vraiment mes potes, partez ! Cria Marshall.

Summer se sentit tirée en arrière, forcée de lâcher prise. Elle ne comprit pas toute suite que Joshua essayait de l’arracher aux mains de Marshall.

– Tu fais quoi ? Josh ne me laisse pas tomber !!

Le jeune homme n’écouta pas et souleva Summer avec force. Ses mains luisantes de transpiration ne trouvaient plus de prises pour s’agripper aux doigts de Marshall qui tentaient lui aussi de se dégager. Joshua la hissa puissamment sur son épaule tandis qu’avec Dan ils reprirent leur course folle dans le sens opposé, laissant Marshall à son triste sort.
Summer observa une dernière fois le visage de son ami avant de fermer les yeux pour ne pas voir les chiens le déchiqueter à pleines dents.

Lorsque Elsa nota leurs mines défaites et l’absence de Marshall, elle ne posa pas de questions, ne leur adressa pas de reproche. Des larmes silencieuses coulèrent sur ses joues tandis qu’elle privait de l’eau et des vivres le paquetage de Marshall afin de les répartir dans les quatre sacs restants. Chacun s’en saisit et se mit en route sans dire un mot. Joshua saisit la main de Summer et ils se mirent à courir en rang d’oignon aussi vite que la prudence le leur permettait.
Il leur faudrait forcer l’allure pour atteindre la station de gare avant le train. Il était inconcevable qu’ils le rate et que leur ami soit mort dans d’atroces souffrances pour rien.

Destination Amazonie (3)

Pendant un temps, ils ne furent pas trop dérangés, la majorité des effectifs de la milice ayant dû être réquisitionné à la carrière pour y contrôler les chiens sauvages et mettre fin au désordre. Summer se demanda ce qu’il adviendrait du corps de Marshall. Même si par miracle il avait le droit à des obsèques correctes, il n’y aurait personne pour lui rendre hommage. Elle secoua la tête pour chasser ces sombres pensées et porta toute son attention sur la route qu’ils leur restaient à parcourir. Ils entendirent bientôt le bruit lointain des rails qui frémissaient sur la passerelle au-dessus de leurs têtes. Le train s’approchait plus vite qu’ils ne l’avaient espéré. La panique leur fit perdre toute prudence et ils se mirent à courir, de front en furies.
Ils y étaient presque. Ils voyaient enfin les grands escaliers menant à la passerelle sur laquelle ils pourraient sauter sur le train en marche. Cependant des voix refrénèrent leurs élans.

Summer reconnut aussitôt la voix gutturale de l’homme-monstre de la milice, probablement accompagné de son acolyte de la fois précédente. Ils allaient forcément les voir. Ils étaient à découverts, aucun immeuble ne leur permettant de se mettre à l’abri. Ils étaient à quatre contre deux, mais étant donné le gabarit et la force hors du commun des deux miliciens, on pouvait considérer qu’ils étaient à force égale. Aucune chance si les deux miliciens avaient des armes automatiques en leur possession.
Tous se regardèrent avec de grands yeux, totalement désemparés. Ils n’avaient pas beaucoup de temps pour décider d’un plan d’action.
Summer avisa Dan, il était assez impressionnant, un peu plus grand et costaud que la moyenne. Surtout, ses vêtements n’étaient pas couverts de poussières comme ceux de Joshua ou d’Elsa. Summer et lui était les plus présentables.
Sans leur expliquer davantage ce qu’elle comptait faire, elle empoigna le sac de Dan et le sien qu’elle balança à plusieurs mètres derrière eux de façon à ce qu’ils soient moins visibles. Elle ramena en vitesse ses cheveux dans une queue de cheval approximative pour avoir l’air plus soignée, puis ramassa deux morceaux de bois courbés totalement carbonisés avant d’en fourrer un dans la main de Dan qui la regardait totalement hébété commençant à comprendre la comédie qu’elle s’apprêtait à jouer.
– Elsa, Josh à genoux ! Dan et moi on va se faire passer pour des miliciens. On vous a attrapé alors que vous tentiez de vous enfuir. On vous ramène à la carrière. C’est compris ?

Elsa ne répondit pas mais marqua son approbation en obéissant à la consigne et en se mettant à genoux. Joshua fut plus difficile à convaincre. Pas de temps à perdre avec sa tête de mule, Summer lui mit un gros coup de pied à l’arrière des genoux et dans un mouvement réflexe il s’affala dans la poussière. Summer, lui saisit le col et posa fermement le morceau de bois incurvé sur sa nuque à la manière d’une arme. Dan fit de même. Avec de la chance les deux miliciens ne s’approcheraient pas assez pour constater le subterfuge.

– Je suis désolée. Murmura Summer à l’oreille de son prisonnier. Au même moment les deux chiens de garde tournèrent au coin et tombèrent nez à nez sur eux. Summer s’efforça du mieux qu’elle put de prendre un air confiant et menaçant à la fois. Joshua s’agitait dangereusement sous sa poigne. Elle le connaissait assez bien pour savoir qu’il n’était pas d’accord avec son plan et qu’il voulait se battre. Il se sentait probablement vulnérable ainsi agenouillé devant ceux qu’il méprisait le plus.

– Qu’est-ce qui se passe ici ?
C’était l’acolyte de l’homme-monstre qui s’était exprimé. L’autre ne faisant que fixer intensivement chacun des protagonistes.

– Ces deux-là ont profité de la cohue à la carrière pour tenter une évasion. C’est bon, on a la situation bien en main, ils n’ont pas causé de grabuge !
Summer s’exprima d’une voix forte et claire comme elle l’avait espéré et cela lui insuffla un peu de courage pour continuer :
– On les ramène à Bobby !

Elle avait entendu à plusieurs reprises des miliciens s’exprimer de la sorte au contremaître. Elle en avait donc déduit que c’était son nom ou son surnom peu importe. Le milicien hocha la tête et sembla se contenter des explications de Summer. Il fit un signe à l’homme-monstre pour lui indiquer qu’ils partaient.
Lorsqu’ils tournèrent les talons Summer sentit toute la pression qu’elle avait contenue jusqu’alors lui retomber dessus avec perte et fracas. Sans le train arrivant à pleine vitesse, elle se serait sans doute évanouie. Il leur fallait partir vite et gravir les marches à toute blinde s’ils voulaient avoir une chance d’attraper le train, mais les miliciens prenaient tout leur temps pour partir, avançant lentement n’ayant rien de mieux à faire et visiblement pas pressés d’aller faire joujou avec les chiens enragés de la carrière.
Joshua recommença à s’agiter nerveusement et tenta de se remettre sur ses boots. C’est alors que l’homme-monstre se retourna.
– Je le sens pas celui-là ! S’écria-t-il. Ça sent le rebelle à plein nez. Je ferai mieux de m’en occuper moi-même. Rajouta-t-il à l’adresse de Summer qui sentit de nouveau la panique enfler ses poumons.
– C’est bon j’te dis ! Je sais faire mon boulot aussi bien que toi !! Répliqua-t-elle.
Cependant les trémolos dans sa voix durent la trahirent, car l’homme-monstre n’hésita pas une seconde avant de lui balancer son poing dans la figure.

Summer sentit son poids partir en arrière et elle s’affala dans la poussière complètement sonnée.

– Mon vieux t’aurais pas dû faire ça ! S’écria Joshua avant de se lancer sur son assaillant. Summer percevait des bruits lointains de bagarres furieuses. A la périphérie de son champ de vision, il lui sembla voir Dan et Elsa sur le dos du milicien le plus humain.
Elle voulait intensément se lever et jouer des coudes avec ses amis, mais elle était comme clouée au sol. Peu à peu les bruits redevinrent plus proches et sa vision de plus en plus nette. Elle aperçut le train qui arrivait presque à la gare, ils allaient le rater. Elle devait le dire à ses amis qui étaient tous trop occupés pour remarquer l’imminence du départ.
Elle appuya sa main contre le mur rugueux pour prendre appui et essayer de se remettre sur ses pieds. Sa tentative fut rapidement avortée lorsque le corps lourd de Joshua tomba à la renverse sur elle. Le choc fut intense. Elle ressentit la douleur la submerger et lui couper le souffle. Lorsque l’air s’infiltra de nouveau dans ses poumons, cela lui provoqua une violente quinte de toux.

– Josh, qu’est-ce que tu fous ?! Lève-toi ! Je peux plus respirer ! Réussit-elle à articuler.
Le jeune homme ne lui répondit pas et n’amorça pas le moindre mouvement. L’homme-monstre se jeta de nouveau sur Joshua, écrasant encore un peu plus Summer.
Un éclat brillant attira cependant son attention. L’homme-monstre tenait une sorte de coupe chou et l’agitait dans la direction de son amoureux. Sa vision était bloquée par le corps de Joshua, aveugle Summer était incapable de savoir ce qui se passait. Un cri de Joshua lui remit les idées en place et elle se mit à se débattre comme une forcenée, agitant ses jambes et ses bras pour rouler sous l’amalgame de corps.
Rien à faire, elle resta bloquée. Ses mains dégagées touchèrent le torse de Josh à tâtons. Une quantité inquiétante d’un liquide chaud et gluant se répandit aussitôt sur ses doigts. Au beau milieu de la plaie béante, la garde du coupe-chou plantée mortellement dans le torse de Joshua.

– Josh !! Il se passe quoi ? Est-ce que ça va?! Se mit elle à hurler perdant tout contrôle.
Joshua ne répond pas. Il saisit à deux mains la tête de son assaillant, maintenant à quelques millimètres de son visage, et l’écrase contre le mur de crépit encore et encore.
Il hurle à plein poumons toute sa rage et sa frustration. Il hurle contre ce monde qui n’est plus le sien et continue de frapper la tête de celui qui le représente. Les grognements gutturaux de l’homme-monstre faiblissent enfin et Josh cesse de gesticuler. La lame aiguisée de l’arme est profondément enfoncée dans son ventre et lui provoque des ondes de douleurs insupportables se répandant dans tout son corps, gagnant son cœur et son cerveau.
Il aperçoit le visage baigné de larmes de Summer penché vers lui. Elle lui souffle des mots tendres à l’oreille, lui dit de ne pas abandonner, qu’elle l’aime. Il aimerait lui répondre que lui aussi, mais ses lèvres ne lui obéissent pas, tandis qu’il sent le souffle glacial de la mort le cueillir.

Il n’y a aucun bruit à côté d’elle et Summer en déduit que Dan et Elsa ont réussi à mettre un terme à leur combat eux aussi. Elle est cotonneuse, ne comprend pas ce qui lui arrive.
Le visage de Josh est livide, froid, la faucheuse lui a laissé les yeux ouverts.
Un sentiment qu’elle ne connaît pas l’empli toute entière : une folie meurtrière. C’est tellement fort que ses mains et ses jambes en tremblent. Elle ne peut pas se mettre debout donc elle reste à quatre pattes.
L’homme-monstre respire encore, Joshua l’a seulement mis KO. Aucun doute, il est coriace. Il a fait ses preuves, mais maintenant Summer va mettre fin à sa misérable vie tout comme il a mit fin à celle de l’homme qu’elle aimait.
Elle extrait le coupe chou du corps de Josh dans un bruit de succion répugnant, avant que le milicien ne puisse bouger de nouveau et de ses deux mains, le plante dans son abdomen dur.
Un sang noirâtre lui éclabousse le visage, les mains, les bras, mais elle continue encore et encore jusqu’à ce qu’elle sente la lame se heurter contre ses côtes.
Elle entend des cris mais ne sait pas d’où ils viennent. Des mains la saisissent sous les aisselles, la font se mettre debout. On l’entraîne hors de portée de sa victime et Summer arrive juste à arracher la chaîne de Josh qui pend à son cou avant d’être traînée par des mains puissantes. On la pousse sans ménagement pour qu’elle avance droit devant. Puis, ses pieds gravissent des escaliers et se lancent dans une course contre la montre sans qu’elle ne puisse les maîtriser.

Ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’elle réalise qu’elle est dans le train avec Dan et Elsa qui l’entourent.
Ils y sont arrivés, ils ont quitté le pays à bord du train destination l’Amazonie. Leurs visages sont couverts de larmes et Summer se demande si ce sont des larmes de joie ou de tristesse. Sans doute un peu des deux se dit-elle. Le sien est sec, tout comme ses yeux, sa bouche et son cœur.

– C’est le moment de sauter ! S’écria Dan dont la voix se perdit dans le vent qui s’engouffrait par la porte du train.
Elsa et Summer ne se le firent pas dire deux fois. Elles prirent leur élan et s’élancèrent hors du train, suivies de Dan.
Une fois sur le bas-côté, tous trois se mirent à courir pour ne pas se faire repérer dans le rétroviseur du conducteur du train. Ils ne remarquèrent pas tout de suite qu’il faisait presque frais et que les immeubles éventrés avaient laissés leur place à des arbres et des cultures.
Ce ne fut que lorsqu’ils arrivèrent au bord de l’Amazone qu’ils soufflèrent enfin et observèrent leur nouvel environnement. Summer trouva le paysage magnifique, encore plus beau que dans ses souvenirs.
Elle fut reconnaissante à Dan et Elsa de la laisser un moment seule avec ses pensées. La jeune femme marcha un moment le long du fleuve avant de trouver ce qu’elle cherchait : des papillons morts sur la rive. Elle les aurait voulus blancs comme la coutume, mais elle se dit que Joshua aurait aimé faire différemment. Elle ramassa délicatement les papillons noirs et descendit dans le fleuve boueux pour les disposer dans l’eau autour de la chaîne de Josh.

Destination Amazonie (2)
La tradition disait que les papillons porteraient l’âme du défunt dans l’au-delà, de l’autre côté de la rive.
Ce n’est que lorsque la chaîne coula dans les sombres profondeurs que Summer se laissa enfin aller. Elle pleura et hurla jusqu’à ce que plus rien ne veuille sortir. La jeune femme fut longuement tenter de se laisser couler en même temps que la chaîne de Josh pour le retrouver plus vite que prévu, mais se ravisa. Ce n’était pas ce qu’il aurait voulu. Il aurait souhaité qu’elle aide à construire une vie meilleure, qu’elle rebâtisse un héritage afin que d’autres puissent s’en inspirer.
Fuir la facilité et apprendre à vivre avec la souffrance, voilà une marque de courage pour les générations futures.
Summer sourit : d’une certaine façon ils étaient libres tous les deux, lui plus encore, dans un ultime doigt d’honneur.

Fin

Texte : Samsha Tavernier

Illustrations : Christine Couturier

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Christine dit :

    Bravo pour cette première nouvelle L’histoire est bien menée et la fin est émouvante.

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  2. Victor dit :

    Tout y est : de l’amour, du suspense, des larmes et même de superbes illustrations! Ta nouvelle était vraiment bien! Une autre une autre une autre!!

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