La douleur du dollar – Zoé Valdés

Ce n’est pas parce que le confinement a (enfin) pris fin qu’il faut en perdre ses bonnes habitudes de lecture. J’essaye donc de garder un rythme plus régulier, contrairement à l’année dernière où les pannes littéraires se sont succédées.

Aujourd’hui, je vous parle d’un livre paru il y a longtemps déjà (en 1997) : « La douleur du dollar » de l’autrice cubaine Zoé Valdés. Ce roman m’a été prêté il y a plusieurs années et j’en avais reçu de bons échos. C’est donc avec des envies d’évasion et de découverte d’un Cuba authentique que je me suis plongée dans cette lecture.

J’en ressors très mitigée, je vous explique pourquoi…

Le livre : « La douleur du dollar »

Crédit photo : L&T

L’autrice : Zoé Valdés est une romancière, poète et scénariste cubaine. Elle a fait partie de la délégation cubaine à l’UNESCO (1983-1988), puis de l’Office culturel de Cuba à Paris. Elle a aussi dirigé une revue cinématographique, Cine cubano. En 1995, après la publication en France de son roman « Le néant quotidien » elle est contrainte à l’exil, pour insoumission au régime castriste, accompagnée de son conjoint et de sa fille. Elle a été élevée au grade de Chevalier des arts et des lettres en 1999 et a reçu la Grande Médaille de Vermeil de la ville de Paris en 2012. Elle réside actuellement en France.

Le résumé : « Pour Cuca, dite « la môme », petite Cubaine surprenante par sa candeur et sa générosité, la vie est sacrifice. Son premier dévouement, elle le dédie à « Ouane », celui qui l’embrassa un soir de fête. Pour cet amour unique, elle entre en religion, allant jusqu’à se mutiler – elle s’arrachera les dents – pour ne plus plaire aux autres. Cuca ne cessera plus, pendant 30 ans, de guetter le retour de ce trafiquant mafieux anti-révolutionnaire. De même, l’amour qu’elle porte à sa fille est enraciné dans une profonde abnégation. Mais loin de prendre toute la mesure de ce sacrifice, par désir d’indépendance et par fierté, sa fille la repousse. Seuls ses amis, fidèles, originaux, perçoivent en Cuca cette « femme célibataire habitant sur une île musicale et prétentieuse, plus seule qu’un solo, et mille fois plus pauvre que Cendrillon ». Enfin, le dernier renoncement de Cuca demeure celui dont souffrent tous les Cubains. Zoé Valdés dénonce sans complaisance le combat pour la vie dans un Cuba exsangue. Elle avoue ici toute son aigreur, et l’on perçoit sa haine de ce régime castriste, qui méprise les droits de son peuple et qui a trahi ce fol espoir d’un monde meilleur ». 

Mon avis : « La douleur du dollar » est un roman inclassable . On nous y narre l’histoire triste à pleurer de Cuca Martinez, une jeune campagnarde peu gâtée par la vie qui, abandonnée des siens, monte à la capitale à la recherche d’une vie meilleure.

En dépit d’un travail de bonniche, qu’elle réalise en véritable forcenée, Cuca se lie avec deux femmes burlesques et frivoles qui vont lui faire découvrir les folles nuits havanaises où l’alcool, la musique et le sexe sont rois.

C’est lors de sa première soirée que Cuca a le coup de foudre pour Juan Pérez, un petit malfrat au regard de braise (et à la mauvaise haleine). Cette unique danse scelle son destin et Cuca va se dévouer corps et âme à cet homme qu’elle ne reverra que des années plus tard. En attendant, c’est une vie miséreuse et monacale qui l’attend.

Quand Cuca se décide enfin à revenir à la vie, le régime Castriste est en place et c’est, cette fois, pour sa propre survie qu’elle va devoir lutter.

Entre l’amour qu’elle voue à un homme égoïste et la recherche constante d’un bout de quelque chose à manger, Cuca n’a que peu de moment de bonheur. Elle se réfugie donc dans (la folie) la musique et, tout particulièrement, dans les langoureux boléros cubains qui semblent chanter l’âme de la Havane.

Outre cette tragédie amoureuse, c’est sur les effets dévastateurs du communisme cubain et l’absurdité de la situation que se focalise l’autrice. Dans ce régime, prétendument égalitaire, le peuple est en proie à la misère la plus dégradante. Les files d’attente sont interminables pour pouvoir fouiller les détritus des mieux lotis, les habitations sont de véritables taudis qui menacent à chaque instant d’engloutir leurs occupants, les Cubains en sont réduits aux invasions de cafards, à l’absence d’eau/d’électricité et à inventer des recettes à base de semelles de chaussures et de vieille serpillères.

Si l’intrigue et la critique politique acerbe sont intéressantes, j’ai eu beaucoup plus de mal avec le style narratif de Zoé Valdés. En effet :

  • je ne suis pas parvenue à m’attacher aux personnages (malgré leur triste sort) ;
  • les politiciens ne sont jamais nommés (mais affublés de surnoms) et ce qui était probablement compréhensible pour les lecteurs de 1997 l’est moins en 2020 pour ceux qui ne sont pas calés en géopolitique ;
  • le style est cru, obscène et souvent dégoutant. L’autrice n’a de cesse d’insister sur des détails peu ragoûtant :  manque d’hygiène, croûtes, pus, champignons, liquides visqueux et malodorants, tout y passe, si bien qu’on a l’impression que les protagonistes et la ville en sont couverts. Si on sent que c’était l’intention de l’autrice, la lecture en devient toutefois assez désagréable. Dans le même sens, de très nombreux passages tournent autour d’allusions sexuelles peu plaisante et inutiles pour l’histoire ;
  • enfin, des passages entiers sont consacrés aux digressions de l’autrice : recettes de cuisine, références culturelles sud-américaines ou boulgi boulga de pensées dont on a du mal à suivre le fil.

Paradoxalement – et abstraction faite de ce qui précède – Zoé Valdés a une plume imagère qui peut donner naissance à de très beaux passages, notamment sur la ville de son coeur qui, en dépit de ses critiques amères, manque à cette exilée politique.

En bref : J’aurais pu apprécier ce livre et son message, malheureusement j’ai été parasitée par les longueurs, les apartés peu compréhensibles et les obscénités. Mon ressenti est donc très partagé. Je pense être passée à côté de ce livre de Zoé Valdés, laquelle est – par ailleurs –  une écrivaine reconnue pour son talent. « La douleur du dollar » s’apprécie avec le recul, une fois que les mauvais passages sont oubliés et qu’on se focalise sur le message politique de l’autrice et les moyens narratifs employés pour le véhiculer.

Vous connaissez Zoé Valdés ? Avez-vous lu ce roman ? Je serais curieuse de savoir ce que vous en avez pensé.   

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