Mes citations littéraires préférées #18

18ème édition de « mes citations littéraires préférées » sur L&T (les précédentes se trouvent ici). Je vous propose une petite sélection d’extraits et citations tirés de mes trois dernières lectures, que ce soit des descriptions évocatrices, des mots chargés en émotions ou simplement de la belle prose, c’est avant tout l’amour des mots que je souhaite partager avec vous.

C’est également une bonne façon de vous faire une idée du style des auteurs / rices mis à l’honneur.

Dans cette édition, trois ouvrages complètement différents : un roman mi-psychologique mi-science-fiction, une saga familiale évoquant les horreurs et séquelles de l’esclavage sur sept générations, et un polar noir.

Je vous laisse découvrir ces derniers, en espérant que ces extraits choisis vous plaisent.

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« Tuer quelqu’un, ça compte pour rien. Faut observer, surveiller, réfléchir, beaucoup, et au moment où, creuser le vide. Voilà. Creuser le vide. Se débrouiller pour que l’univers rétrécisse jusqu’à se condenser dans le canon du fusil ou la pointe du couteau ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie » (mon avis sur le livre ici)

« Il s’est persuadé que rien n’est moins tragique, qu’une désillusion est le contraire d’un échec ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« Miesel, qui peut sembler absent et distant, a la réputation d’un homme d’humour, malgré tout. Mais un homme d’humour digne de ce nom ne l’est-il pas toujours « malgré tout »? »

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« Elle marche jusqu’à la fenêtre du salon. Lorsqu’elle se sent débordée par la vacuité, c’est toujours à cette vitre froide qu’elle va poser son front. Ménilmontant dort, mais la ville l’aspire. Ce qu’elle voudrait, c’est abandonner son corps et se fondre avec tout ce qui est dehors ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« L’amour, c’est ne pas pouvoir s’empêcher de piétiner l’intelligence ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« Dans un monde de gestionnaires où toute culture littéraire est incongrue, il en a fait un puissant instrument de domination symbolique ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« Le succès à cinquante ans c’est la moutarde qui arrive au dessert ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« Lucie avait souhaité la cruauté, car elle ne désirait plus entre eux désormais que de l’irrémédiable, et elle avait préféré réduire le si peu qu’ils avaient vécu en trois mois à une banale expérience brève et nouvelle ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« Victor écrit, sans hâte, mécaniquement. Ayant beaucoup lu, traduit, et trop de niaiseries derrière des joliesses, il trouve indécent d’imposer au monde une ânerie de plus. Il s’en moque bien, qu’une prose flamboyante jaillisse u seul « déplacement de la plume sur la page », il ne croit pas être « tout-puissant face à la phrase », il n’est pas question qu’il « ferme les paupières pour garder les yeux ouverts », ou qu’en ce lieu sans âme il « se dérobe au monde pour y graver son propre égarement », et d’ailleurs, il se méfie des métaphores. La guerre de Troie a sûrement commencé comme ça. Il sait malgré tout qu’il suffira qu’une de ses phrases soit plus intelligente que lui pour que ce miracle fasse de lui un écrivain ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« La vie commence peut-être quand on sait qu’on en a pas ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« Il faut toujours préférer l’obscurité à la science. L’ignorance est bonne camarade, et la vérité ne fabrique jamais du bonheur ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« Le mathématicien observe cet homme primaire, et il se conforte dans l’idée désespérante qu’en additionnant des obscurités individuelles on obtient rarement une lumière collective ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

« Aimer évite au moins de chercher sans cesse un sens à sa vie ».

Hervé Le Tellier – « L’Anomalie »

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« Aux effluves lourds et musqués des palétuviers se mêlaient les senteurs de l’épaisse végétation couvrant les rives.

Sur le passage des pirogues, de grandes familles de babouins, dérangées dans leur sommeil, éclataient en hurlements, bondissant en tous sens et agitant des branches de palmier. Grognant et renâclant, les cochons sauvages couraient se mettre à couvert dans les herbes et les buissons. Massés sur les grèves boueuses, des milliers d’oiseaux : pélicans, grues, aigrettes, hérons, cigognes, mouettes, sternes, spatules, abandonnaient un instant leur quête de nourriture et, tout en émoi, regardaient filer les canots.

Les plus petits : ramiers, becs-en-ciseaux, râles, anhingas et marins-pêcheurs prenaient leur envol, tournoyant en l’air dans un concert de piaillements aigus jusqu’à la disparition des intrus.

Là où les eaux étaient plus turbulentes, le passage des pirogues faisait jaillir des bandes de vairons zébrant l’air d’une danse argentée avant de rejoindre leur élément dans une gerbe d’éclaboussures. Souvent, des poissons carnassiers pourchassaient les vairons avec une telle avidité qu’ils leur arrivaient de retomber dans les bateaux, où les femmes n’avaient plus qu’à les assommer à coups de pagaie pour se ménager un succulent dîner. Ce matin-là pourtant, les vairons frétillaient en toute quiétude.

Toujours pagayant, les femmes, à un détour du Bolong, débouchèrent dans un chenal plus large et, à leur approche, un immense tapis vivant d’oiseaux marins se déploya – des centaines de milliers d’oiseaux de toutes les couleurs, montant vers le ciel dans l’ample vibration de leurs battements d’ailes. Sur le passage des femmes, les eaux, assombries et secouée par la nappe tumultueuse de cet envol, se mouchetaient de plumes ».

Alex Hayley – « Racines » (mon avis sur le livre ici)

« Le savoir-vivre Mandingue interdit d’adresser la parole à qui ne veut pas converser ».

Alex Hayley – « Racines »

« Seuls ceux qui se sont aller à être méprisables sont méprisés ».

Alex Hayley – « Racines »

« Après ces lunes passées à apprendre ensemble, travailler ensemble, être battus ensemble, leur dit-il, chacun d’eux commençait enfin à découvrir qu’il avait deux personnalités : l’une était au fond de lui ; l’autre, plus vaste, était celle où son sang et sa vie étaient communs avec ceux des autres ».

Alex Hayley – « Racines »

« Cette nuit-là, après le départ du moro, Kunta resta longtemps éveillé, en songeant que tant de choses – au fond, presque tout ce qu’ils avaient appris – étaient liées entre elles. Le passé avec le présent, le présent avec le futur ; les morts avec les vivants et avec ceux qui n’étaient pas encore nés ; lui, Kunta, avec sa famille, ses camarades, son village, sa tribu, son Afrique ; le monde des hommes avec celui des animaux et des choses qui poussent – tous, ils vivaient avec Allah. Kunta se sentait très petit, et en même temps très grand. « Peut-être, pensa-t-il, est-ce cela de devenir un homme ».

Alex Hayley – « Racines »

« Les griots ne sont jamais enterrés comme les autres gens, mais déposés dans des baobabs creux, car ces arbres et les récits renfermés dans la tête des griots sont pareillement éternels ».

Alex Hayley – « Racines »

« Elle avait une telle allure, une telle dignité que, malgré sa nudité, elle semblait parée d’une robe ».

Alex Hayley – « Racines »

« Au printemps et à l’été, il faisait bon rouler au petit trot des deux beaux chevaux bais – parfois m’sieu Waller s’assoupissait sous le tendelet noir qui le protégeait du soleil. Les prés étaient pleins de fleurs des champs, de fraisiers sauvages, de buissons de mûres, les clôtures disparaissaient sous les plantes grimpantes. Partout l’air s’emplissait du bruissement d’ailes des cailles, de l’appel des étourneaux et des engoulevents ; les cardinaux faisaient de sautillantes petites tâches rouges. De temps en temps, l’approche du buggy dérangeait une couleuvre lovée au soleil sur la route, et la bête filait en un éclair, ou effrayait une buse qui s’enfuyait avec de lourds claquements d’ailes en abandonnant sa proie ».

Alex Hayley – « Racines »

« Kunta se demandait si elle comprenait combien il était bizarre et triste de la voir se comporter comme si c’était la plantation qui lui appartenait, et non elle qui appartenait à la plantation ».

Alex Hayley – « Racines »

« La première fois qu’il avait conduit le maître à une grande réception de ce genre, Kunta avait été envahi de sentiments contradictoires : révérence, indignation, envie, mépris, fascination, répugnance et, plus que tout, d’une accablante impression de solitude qui l’avait oppressé pendant toute une semaine. Une telle opulence, une telle façon de vivre lui paraissaient proprement incroyables. Et il lui fallut encore mener le maître à beaucoup d’autres réceptions pour comprendre enfin que ces gens ne « vivaient » pas ainsi, que tout cela était étrangement irréel, que ces Blancs faisaient un beau rêve, qu’ils se mentaient à eux-mêmes en se disant que le bien peut sortir du mal, qu’ils pouvaient se comporter entre eux en personnes civilisées sans pour autant traiter comme des êtres humains ceux dont le sang, la sueur et le lait de leurs femmes leur donnaient la possibilité de mener leur vie de privilégiés ».

Alex Hayley – « Racines »

« Quelques griots légendaires avaient emmagasiné un tel trésor d’événements historiques qu’ils pouvaient littéralement parler trois jours sans s’arrêter – et sans jamais se répéter.

Devant mon étonnement, ces gambiens me rappelèrent que tout être remonte ancestralement à un temps où l’écriture n’existait pas ; les hommes ne disposaient que de leur seule mémoire pour conserver la trace des faits, de leur bouche et de leurs oreilles pour en assurer la transmission. Rares sont les hommes de culture occidentale, me dirent-ils , qui peuvent mesurer ce dont est capable une mémoire exercée, conditionnés qu’ils sont par la « béquille de la chose imprimée ».

Alex Hayley – « Racines »

« Il me semblait que je pleurais toutes les atrocités que l’homme a commises envers l’homme, sans doute la pire tare de l’humanité… »

Alex Hayley – « Racines »

« Ainsi, papa a rejoint les autres là-haut. Et, tous ensemble, ils nous regardent et nous guident. Et je sens qu’ils partagent notre espoir : que ce récit sur notre peuple contribue à rendre un peu moins pesant le fait que l’Histoire, le plus généralement, est écrite par les vainqueurs ».

Alex Hayley – « Racines »

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« Juste quelques regards dérobés et des rêves qui se brisent sur les remparts de sa nouvelle réalité ».

Vincent Hauuy – « Le tricyle rouge » (mon avis ici)

« Steve n’est pas une créature de scène de crime, c’est un flic du monde des vivants ; efficace pour traquer les failles chez l’homme, vif pour repérer les incohérences et les mensonges, mais incapable de regarder la mort dans les yeux ».

Vincent Hauuy – « Le tricyle rouge »

« Il n’a jamais eu peur des cadavres. Les vivants sont bien plus effrayants à ses yeux, il sait lire les expressions de leurs visages et décrypter leurs gestuelles, mais sa perception ne s’aventure jamais au-delà de la surface, dans les abîmes de leurs personnalités profondes, là où les montres sont tapis ».

Vincent Hauuy – « Le tricyle rouge »

« Les partitions sont inutiles, tu ressens la musique, tu détectes les sillons que les vies gravent dans l’existence ».

Vincent Hauuy – « Le tricyle rouge »

« Chacun a sa prison, vous êtes juste trop aveugle pour avoir encore remarqué la vôtre ».

Vincent Hauuy – « Le tricyle rouge »

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Alors, quel est le livre qui vous inspire le plus ? Vous avez lu de belles choses dernièrement ? N’hésitez pas à partager vos coups de coeur dans les commentaires…

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Crisanasam dit :

    En lisant ces extraits et citations, les livres qui me plaisent le plus sont « racines » et « le tricycle rouge  »
    Je les note sur ma liste🙂

    Aimé par 1 personne

    1. L&T dit :

      Je te conseille plutôt « Racines ». Je pense que ce livre te plaira malgré le sujet un peu difficile qu’il aborde. « Le tricycle rouge » est un peu trop « gore » pour toi je pense. Mon avis sur ce livre paraîtra très prochainement…

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