Les papillons – Barcella #Rencontre

Je remercie Babelio et les éditions Cherche Midi pour l’envoi de ce livre et l’opportunité qui m’a été donnée de participer à une rencontre avec l’auteur des «Papillons», le chanteur-compositeur-interprète et désormais le romancier Barcella.

J’ai tout de suite été intriguée par la 4ème de couverture atypique de ce roman qui laissait présager une histoire poétique autour de l’amour.

Je vous dis si j’ai été conquise…

Le livre : « Les papillons« 

Crédit photo : L&T

L’auteur : Barcella, de son vrai nom Mathieu Ladevèze, est un auteur-compositeur-interprète français. Après avoir suivi une formation pédagogique et didactique à l’IUFM de Reims de 2001 à 2003, il met en place et encadre des ateliers d’écriture en milieu scolaire notamment. Il débute sa carrière d’auteur-compositeur en 2010 avec son premier album, « La Boîte à musiques ». De scènes en festivals, son écriture épicée, pudique et délicate séduit un large public. Il recevra de nombreuses distinctions (en vrac : il remporte les championnats de France de Slam Poésie en 2007, le prix Jacques-Brel de Vesoul en 2009, le prix Barbara du ministère de la culture en 2012, etc.). En 2017, il crée, à Reims, le Charabia Festival dédié à la poésie et à la chanson française. « Les papillons » est son premier roman.

Pour le suivre c’est ici ou ici !

Le résumé :  » Ce bruissement céleste qui jadis m’enchantait s’était cousu les lèvres en plein mois de juillet sous un soleil de plomb. Plus un battement d’ailes, plus une mélopée […] Il était quinze heures trente ce dimanche onze juillet, et j’avais vingt-sept ans, l’âge où les étoiles meurent. « 

Rêveur déchu du 21e siècle, Alexandrin a perdu ses papillons. Vous savez, ceux qui virevoltent au creux de nos ventres endormis lorsqu’on tombe amoureux. Ceux dont le doux bruissement nous émerveille. Au détour d’un hasard, la jeune Marie croisera sa route et l’aidera à renaître. Mais Marie porte en elle un silencieux fardeau avec lequel il devra composer avant de réentendre ce doux murmure. Contraints de se cacher, bravant les interdits, nos amoureux se dessineront un monde à part. Jusqu’à ce que… »

Mon avis : J’avais, je ne sais pourquoi, pas mal d’attentes envers ce livre (peut-être sa couverture vintage et colorée ou son résumé poétique).

En débutant cette lecture tant attendue je dois avouer que j’ai, dans un premier temps, été assez déçue par la scène d’ouverture qui présente Alexandrin un presque trentenaire blasé qui tente désespérément de trouver l’amour notamment grâce aux applications de rencontre, mais qui réalise qu’il a perdu « les papillons » dans le ventre qui font le sel de toute relation amoureuse.

Déçue, parce qu’Alexandrin se trouve, dans ces premières pages, en rendez-vous avec Mylène une jeune femme blonde sexy qui a l’air de chercher l’approbation grâce au regard des autres, et tout particulièrement des hommes. Or, j’ai trouvé les pensées et les propos d’Alexandrin particulièrement durs (même machistes) à son propos. Mylène est, à ses yeux, insipide et sans aucun intérêt.

Je vous rassure, les choses s’améliorent une fois cette première déconvenue passée.

En effet, on va réaliser rapidement qu’il ne faut pas vraiment lire cette histoire au premier degré : certaines situations sont, pour le moins, improbables, les dialogues ne sont pas nécessairement adaptés à l’âge des personnages, qui sont eux-mêmes un peu fantasmés (je pense notamment à Marie), les émotions sont exacerbées. Il y a donc des clichés, mais aucun d’eux n’a, je pense, été construit avec une mauvaise intention. Au contraire, Barcella a dédié le livre « à nos mères » et plus généralement aux femmes dont il reconnaît la force. Ce sont, en tout cas, ces aspects qui donnent une couleur de conte à cette histoire.

Après sa fâcheuse rencontre avec Mylène, Alexandrin va, en effet, tomber sur Marie Mariposa, une femme au « cœur parapluie » qui sait accueillir les pleurs et aime profondément la vie et toutes les beautés qu’elle offre à ceux qui n’oublient pas d’ouvrir les yeux.

Marie (l’anagramme d’« Aimer ») Mariposa (« papillons » en espagnol) semble tout de suite être l’âme sœur d’Alexandrin, qu’on apprend au fur et à mesure, à découvrir et qui va s’avérer sensible et attachant.

C’est donc le coup de foudre pour lui, mais il s’avère que les choses ne sont pas si simples et que plusieurs obstacles vont se dresser sur leur chemin : l’ogre de père de Marie, son fidèle serviteur Barbicus et son lévrier au flair aiguisé et quelques sombres secrets de famille. On se demande alors si l’amour va triompher au bout du « conte ».

Si la plume de Barcella est immédiatement très lyrique et fantasque, riche de métaphores poétiques, j’ai trouvé que le rythme mettait plus de temps à décoller. De même, je trouvais l’histoire d’amour un peu trop « niaise » au tout début du roman. Cependant, vers la moitié du récit, je me suis laissée cueillir et j’ai plongée avec plaisir dans cet univers réel et, dans le même temps, un peu fantasque.

Certains des personnages et les intrigues m’ont d’ailleurs fait penser à l’univers de Carlos Ruiz Zafon dans « L’ombre du vent » (dont je vous parlais ici) et au courant dit du « réalisme magique ». Barcella, lui, évoque plutôt Boris Vian et Marcel Pagnol comme sources d’inspiration (on retrouve d’ailleurs de nombreuses références qu’elles soient littéraires ou musicales – Robert Lamoureux, Brel, Brassens, etc. – dans cet ouvrage).

J’ai aimé, dans le désordre : les rencontres amoureuses de Marie et Alexandrin sur fond de chansons de bal musette et de « champagne popping », les courses effrénées en bicyclette rétro, les nappes à carreaux de bistro, la gouaille et les crêpes à la confiture d’Yvonne, l’humeur toujours maussade de Barbitus et le tic-tac incessant de la magnifique horloge de la place du village.

Vous l’aurez compris, l’atmosphère est surannée et romantique, elle sublime les petits moments de la vie, les « ensoleillent » comme dirait Barcella.

La fin n’est pas nécessairement celle d’un conte de fées, quoique…

Cette impression est renforcée par la façon dont Barcella construit ses phrases, choisit ses mots, de façon à les faire chanter (« déformation professionnelle »).

Ce livre n’est pas très long et construit sous la forme de chapitres de quelques pages seulement (ce qui a ses avantages et inconvénients, notamment concernant la construction des personnages), mais n’oublions pas que Barcella est, avant tout, chanteur, compositeur. Le roman lui-même s’inspire d’une chanson : « Tako Tsubo » de Paris Combo et Barcella.

En bref : une jolie parenthèse sucrée comme une friandise et qui porte bien son nom « Les papillons ». Une histoire à la lisière du conte avec un style qu’on aime ou qu’on rejette, en fonction de ses affinités littéraires, mais qui, personnellement, a su m’attraper après quelques chapitres (notamment pour ses personnages loufoques et ses moments pleins de douceur). 

🌻 La rencontre 🌻

Je remercie une nouvelle fois Babelio pour l’organisation de cette rencontre et, bien évidement, Barcella pour cet échange très enrichissant.

Comment est née l’idée de ce roman ?

Barcella explique que tout est né du texte de la chanson «Tako Tsubo » qu’il a écrit avec le groupe Paris Combo. Il a trouvé que c’était une très belle amorce pour une histoire plus longue, comme un poème en suspens…

C’est le premier confinement, et probablement l’approche de la quarantaine dit-il, qui l’ont convaincu de sauter le pas et de se lancer dans l’écriture de son premier roman. Il aimait l’idée de ces papillons qui s’envolent et de faire se rencontrer deux sensibilités exacerbées (avec les personnages de Marie et Alexandrin).

En quoi l’écriture d’un roman est-elle différente de celle d’une chanson ? Y avez-vous pris le même plaisir?

Selon Barcella, la grande différence c’est le rythme des phrases qui n’est pas le même. Initialement, il avait gardé sa façon de rédiger des phrases très rythmées, qu’il était possible de mettre en musique, mais le rendu était un peu trop lourd. Il lui a donc fallu « découdre » tout cela, même s’il a voulu garder la musicalité de la langue et qu’il reste possible d’envisager une « lecture musicale » du roman. L’autre différence évidente c’est que dans un roman il faut prendre son temps. En revanche, il a souhaité garder cette sensation onirique, à la lisière du conte avec des personnages un peu caricaturaux (ce qu’on retrouve parfois dans des textes courts de chansons).

En bref, écrire une chanson et un roman c’est différent et il apprécie les deux. Il dit avoir beaucoup apprécié s’imaginer dans la peau de ces personnages.

Avez-vous écrit en musique ?

L’auteur confirme avoir écrit en écoutant de la musique et particulièrement des bandes musicales de films (sans parole pour ne pas se laisser distraire). Il évoque ainsi le compositeur Max Richter et les BO des films « Un long dimanche de fiançailles », ainsi que celles des adaptations des livres de Marcel Pagnol.

Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

Barcella évoque plusieurs sources d’inspiration. En premier lieu, il y a les chanteurs anciens qu’il affectionne particulièrement et qu’il évoque dans le livre. Il y a également les grands auteurs comme Pagnol, Prévert et Boris Vian. Enfin, Barcella évoque l’influence positive de sa mère qui était professeur de lettres et qui lui a transmis son amour pour les mots. Selon lui, la langue française est l’une des plus belle du monde car elle est particulièrement « fleurie » et que de nombreux mots différents peuvent être utilisés pour ajouter de la nuance à une émotion par exemple. C’est cet amour de la langue qui l’a poussé à créer le « Charabia festival ».

« Les papillons » est à la frontière du conte. Est-ce un style que vous affectionniez particulièrement en étant enfant ?

Barcella confirme qu’enfant il aimait bien les contes et notamment « Le prince des mots tordus » qui le faisait beaucoup rire en jouant avec les similitudes des mots (qui n’ont pourtant pas le même sens). L’imagination a toujours eu une place importante dans sa vie et alors qu’il était enfant sa mère lui offrait des carnets et de la papeterie pour qu’il créé des histoires et des bandes-dessinées.

Qu’est-ce que nous apprend « Les papillons » ? Que la liberté s’acquiert en croyant en ses rêves ou qu’il faut parfois être capable de s’en détacher ?

Selon Barcella, l’idéal est toujours terni par la réalité, mais c’est aussi ce qui nous fait exister et qui fait le « sucre » de la vie. Il faut trouver la poésie et célébrer chaque petite victoire. Le cap de la trentaine (Alexandrin a 27 ans) symbolise parfois la perte de l’innocence, les idéaux sont alors mis à mal avec l’entrée dans l’âge adulte, les injonctions sociales, etc. Il ne faut pourtant pas en perdre son émerveillement, faute de passer à côté de belles choses. En revanche, c’est vrai qu’il est dangereux de se laisser emprisonner par des idéaux.

Y a t-il beaucoup de vous dans le personnage d’Alexandrin ?

Barcella explique qu’il y a de lui dans chacun de ses personnages (y compris celui décrié de Mylène). Il indique partager une certaine sensibilité avec Alexandrin, mais être moins rêveur que lui. Il admire beaucoup le personnage de Marie et ses qualités (sensibilité, espérance, abnégation), il aimerait lui ressembler davantage (et pour cela, l’écrire est déjà un bon début). C’est un personnage qui est inspiré par sa grand-mère qui s’appelait d’ailleurs Maria et qui avait le cœur sur la main. Le personnage d’Yvonne et sa bonhomie naturelle est également inspirée par certains membres de sa famille (comme ses tantes). Les personnages qu’il a inventé sont donc des clins d’œil à des personnes qu’il aime.

Le personnage de Marie (qui est douce, fleuriste, pudique, etc.) n’est-il pas une représentation fantasmée et un peu biaisée de la Femme ?

Barcella n’a pas voulu représenter LA Femme mais UNE femme selon des traits de caractère qui lui rappelaient des proches et qui sont ceux que, personnellement, il apprécie. Il reconnait qu’il y a nécessairement une part de fantasme car c’est presque un personnage de conte, mais il a essayé de créer des personnages féminins tous assez différents.

Pourquoi avoir choisi le pseudonyme « Barcella » ?

L’auteur explique que Barcella est le nom de jeune fille de sa mère qui est d’origine italienne. Son nom signifie « petite barque » et il a trouvé très poétique l’image de cette embarcation permettant le voyage et qui faisait référence à ce qu’évoquent, pour lui, la musique ou la littérature. Il a utilisé ce nom, pour la première fois, lors d’un concert lorsqu’il avait la vingtaine et il l’a ensuite gardé pour l’accompagner dans sa carrière.

Vous envisagez une suite à cette histoire ? Dans la négative, vous avez d’autres projets d’écriture ?

L’auteur ne souhaite pas écrire une suite à cette histoire et laisse les lecteurs libres d’imaginer ce qu’ils souhaitent. S’il devait écrire un autre roman (ce qui n’est pas pour tout de suite car il vient à peine de publier « Les papillons »), il aimerait traiter de l’enfance à la campagne et de tous les souvenirs que cela peut procurer ou alors incarner un personne féminin (ce qui, il le reconnaît, est toujours un exercice périlleux pour un auteur masculin).

Encore un grand merci à Barcella pour toutes ses réponses !

Vous connaissiez ses chansons ? Vous avez envie de découvrir « Les papillons » ?

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Crisanasam dit :

    Après cet article, j’ai très envie de découvrir ce roman ou la poésie et la magie des mots nous transportent vers un ailleurs. Après lecture je te dirai ce que j’en pense.

    Aimé par 1 personne

    1. L&T dit :

      Avec grand plaisir ! Je suis contente de t’avoir donné envie de le lire. Je pense qu’il devrait te plaire connaissant tes goûts littéraires et ton appétence pour le « réalisme magique » et l’univers du conte. Hâte d’avoir ton avis…

      J'aime

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