Tamarin et boules coco # Part 2

Coucou mes petits palmiers ensoleillés ! 🌴

J’espère sincèrement que la première partie des aventures de Veronica vous a plu! Voici, comme promis, la suite et fin !

Tamarin & boules coco

« Tamarin et boules coco » © samsha tavernier, Tous droits réservés

Conformément à l’article L.335.2 al 3 du Code de la propriété intellectuelle : « La loi incrimine au titre du délit de contrefaçon : toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi ».


 

Cette visite a été plus fructueuse que ce à quoi je m’attendais. Désormais, mon champ de recherche est considérablement réduit et se limite à la jeune Vanessa.

L’homme de la rhumerie Saint James m’a parlé du marché de Fort-de-France et de son stand de douceurs. Je suis juste à côté, j’imagine donc que ça ne coûte rien d’aller y faire un tour.

Là-bas, je suis happée par la vie bruyante qui règne entre les étales. Les gens jacassent, palabrent, rient en s’esclaffant dans une exubérance et une gaieté toute antillaise. Le créole qu’on entend est coloré, de joyeuses moqueries fusent d’un stand à l’autre, tandis qu’une douce odeur de bon zépis me cueille les narines.

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Des montagnes de safran, curcuma, curry et bois bandé pour les touristes appellent le regard. Sous un autre chapiteau c’est un sirop de gingembre épais et doré qui attire les rayons du soleil. Par là, de beaux poissons frais et luisants reposent dans de grandes feuilles vertes de bananier. Tout me donne envie, mais c’est l’étal des douceurs qui regorge de monde. Une longue table parée de macramé crème déborde de confiseries toute plus alléchantes les unes que les autres : nouga-pistach, gousses de vanille, sorbé koko (sorbet à la noix de coco), pâtés coco / goyave, tanmaren glasé (tamarin glacé), confiture de barbadine.

 

 

J’accroche enfin le regard d’une des femmes qui tient l’étale :

– Bonjour, je cherche Vanessa.

– La pli bel’ qui nom ou ? (« la plus belle quel est ton nom ? ») Me répond t-elle en créole.

– Veronica.

– Aie aie aie bondié où pas save pièce ? (« ohlala mon dieu, tu n’es pas au courant ? ») Vanessa, ça fait plusieurs jours que personne ne sait où elle est, ni moi, ni les autres. Je ne peux pas t’aider.

La deuxième femme semble avoir entendu notre conversation et se rapproche, prête à commérer.

– Pauv’ Joseph ! Déjà que la vie n’était pas facile pour lui.

Ma curiosité est piquée :

– Pourquoi ?

Elle roule les yeux au ciel comme si j’étais la dernière des « coco gningnin » (parisienne).

– A cause de l’histoire avec les Marcel pardi !

– L’administrateur de la distillerie Saint James ?! Je m’écris.

– Bah oui ! Qui d’autre ? Joseph et la femme de Pierre Marcel ont eu une histoire tous les deux. Je crois bien que toute l’île est au courant. Poursuit-elle.

– Et qu’est-ce qui s’est passé ?

– Ils allaient s’enfuir tous les deux. Joseph et la femme Marcel ça faisait des mois qu’ils se fréquentaient en secret, mais ils étaient de moins en moins discrets. Ils avaient décidé de le dire à tout le monde et de vivre leur idylle. La femme Marcel, elle avait fait ses bagages, à ce qu’on dit, mais, il est rentré juste à temps. Missie Marcel, il a dit à Joseph, que s’il partait avec sa femme, il serait viré et qu’il veillerait à ce qu’il ne retrouve plus jamais de travail ici. La femme Marcel, elle s’en fichait puisqu’elle voulait se rendre en métropole retrouver sa famille. Mais pour Joseph c’était différent … avec Vanessa.

Cette révélation me laisse pantoise quelques secondes.

– Joseph a du choisir entre la femme qu’il aimait et son île?

– C’est ça ! Je te laisse deviner ce qu’il a préféré.

– Et la femme Marcel qu’est-ce qu’elle est devenue ? Je demande.

– Toujours avec son mari dans leur habitation de Saint Pierre. On la voit plus beaucoup dehors depuis.

– Triste histoire.

– Ouai tu l’as dit. Mais, le plus bizarre c’est que Missie Marcel il a gardé Joseph à la rhumerie, « an matadore » (« un gentleman »).

En effet, c’est vraiment très généreux de sa part. Un peu trop même. Personnellement, si je découvrais qu’Adam vivait une liaison torride depuis des mois avec une de mes employées et prévoyait de me laisser tomber comme une vieille chaussette, pour sûr que je ne me gênerai pas pour le mettre à la porte, de le ratatiner même…

– Longé la main. Poursuit-elle (« tends la main »).

Je m’exécute et elle y glisse un petit lokio :

– pou la mamaille (« pour les enfants »). Me dit-elle dans un clin d’œil.

Petit à petit, les choses s’éclaircissent et les pièces du puzzle se mettent en place. Je suis désormais convaincue qu’une petite escapade à la maison de Saint Pierre s’impose.

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La ville fut « la perle des Antilles », « le petit-Paris » comme on disait, avant sa destruction suite aux nuées ardentes de la Pelée en 1902. Un seul survivant Cyparis, un espèce de « nègre marron » enfermé sous terre comme qu’on dirait il était Lucifer !!

Martinique 2005 - Photo © Richard Soberka - http://www.photoway.com/

Désormais, les stigmates de la tragédie sont une attraction touristique comme une autre et la ville s’est reconstruite en tant que ville « d’art et d’histoire ».

Je ne mets pas bien longtemps à trouver la propriété des Marcel, grâce aux indications pointues des passants.

La demeure est incroyablement belle : sur deux étages avec de grandes portes et fenêtres parées d’auvents décoratifs. La structure en bois typique de l’architecture créole a été conservée, mais on sent que la maison a été modernisée récemment avec sa grande véranda et son balcon. De multiples dessins de dentelle ornent la façade rappelant un style victorien et le toit est ourlé de lambrequins peints en blanc.

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Des haies d’orangers ont été disposées autour de l’habitation pour la protéger des regards trop indiscrets, mais le portail de fer forgé un peu rouillé est resté entre-ouvert. Je m’introduis dans le jardin en espérant qu’il n’y ait pas de chiens pour défendre leur territoire.

Au milieu des jardinières d’épices et des arbres fruitiers, je distingue un salon de jardin à l’ancienne. Une femme, dos à moi, y est assise.

-Madame Marcel ?

Elle se retourne pour me faire face. Elle n’a pas l’air surprise malgré mon intrusion impromptue dans son oasis. Elle porte de longs cheveux blonds ondulés et possède la beauté d’une statue. Sur le coup, j’ai même du mal à comprendre comment Joseph a pu préférer quoi que ce soit à cette femme.

– Venez vous asseoir avec moi. Me lance t-elle d’une voix qui semble lasse.

– Bonjour, je m’appelle Veronica.

Je lui tends une main ferme qu’elle me serre et suis surprise de la force qu’elle emploie malgré son gabarit fragile.

– Vous voulez boire quelque chose ? Me propose t-elle poliment.

– Non merci, c’est très gentil.

– Allons voyons, j’ai du supérieur (un rhum de très bonne qualité) ça ne se refuse pas !

Elle ne me laisse pas le temps de répondre qu’elle est déjà partie dans la cuisine chercher une de ses meilleures bouteilles. Elle revient avec des verres bien trop grands pour ce genre de boisson et nous serre plus que généreusement avant d’enfiler son verre d’une traite sous mes yeux éberlués.

– Alors, que me vaut l’honneur de votre visite… Veronica ?

– Je suis venue au sujet de Vanessa.

Cette fois, il semblerait que j’ai capté son attention.

-Vanessa, la fille de Joseph ?

J’acquiesce pour toute réponse.

– Eh bien que se passe t-il ?

Madame Marcel n’a pas l’air d’être au courant de la situation et je me sens soudain mal à l’aise de devoir lui annoncer la nouvelle alors même que je ne connais ni l’une ni l’autre.

– Vanessa est portée disparue depuis plusieurs jours maintenant. Il ne semblerait pas que ce soit une fugue.

A l’annonce de la triste nouvelle, elle s’est redressée sur sa chaise et se tient désormais droite comme un i.

– Quoi ? Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire?! Vous êtes de la police ?

Sans raison valable, mon instinct me dicte de tout lui raconter depuis le commencement sur la plage de sable noir. J’ai la nette sensation que cette femme meurtrie par la vie saura me comprendre et soutiendra ma petite enquête.

– Bondié ! Ça mwen faite pou mérité ça? (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? ») S’exclame t-elle à la fin de mon récit.

– Pourquoi dites-vous cela ?

La femme du béké se resserre un énorme verre de rhum qu’elle descend à la même vitesse que le précédent avant de poursuivre.

– Depuis mon aventure avec Joseph, Pierre – mon mari – a complètement changé. Il est devenu aigri, méchant. C’est de lui que je tiens ma mauvaise habitude pour la boisson en plein après-midi comme vous pouvez le voir. Il n’est jamais à la maison, dépense tout son argent au pit, combat de coqs et autres courses de chevaux. Il est devenu comme son père !

Elle a craché la dernière réflexion avec tellement de mépris que je me demande sincèrement quelle est la raison de sa présence dans cette maison.

– Il rumine sa vengeance à l’encontre de Joseph depuis cette histoire ! Veronica je suis sûre que c’est lui !!

Je reste clouée sur place suite à cette révélation.

– Vous me dites que c’est votre mari qui a enlevé Vanessa ?

– C’est bien ce que je vous dis ! J’en ai l’intime conviction. C’est sa façon de nous punir tous les deux.

Je me lève comme un diable sorti de sa boîte.

– Il faut prévenir la police ! Répétez leur ce que vous venez de me dire !!

La main de madame Marcel se referme sur mon poignet telle une serre lorsque je dégaine mon téléphone portable.

– Et vous pensez qu’ils vont me croire ? Mon mari a des amis hauts placés et je n’ai aucune preuve de ce que j’avance !

Mon bras retombe mollement. Elle a raison, la police ne pourra pas se fonder sur de telles accusations sans la moindre preuve. Mais, nous ne pouvons quand même pas rester là et ne rien faire. Si ce que m’a dit madame Marcel s’avère être exact, il est possible que Vanessa court un grand danger à l’heure qu’il est.

-Il faut fouiller la maison ! Je m’exclame.

Madame Marcel accepte mais reste en arrière tandis que je m’engouffre dans la fraîcheur de la bâtisse. Je passe la cuisine et le salon immaculé sans m’arrêter et traverse au pas de course le couloir en poussant les portes pour arriver à la pièce qui m’intéresse : le bureau de Pierre Marcel. Les murs et le plafond sont couverts de lambris sombres, ce qui donne une ambiance confinée à la pièce pourtant grande. Un grand chai à rhum d’époque décore la pièce a côté d’une bibliothèque aux étagères épurées.

Je me dirige immédiatement vers le bureau. Sur le plateau ciré: un encrier et une plume décorative, un globe sur pied et un porte-lettres. Je fais défiler rapidement les lettres décachetées mais ne trouve rien qui puisse assouvir ma curiosité, seulement des factures et des relevés bancaires bien garnis. En conséquence, je m’attaque aux tiroirs qui, contrairement au reste de la pièce, contiennent un joyeux bazar.

Le dernier est fermé à clé, ce qui me fait aussitôt penser que s’il y a quelque chose à trouver, c’est ici que Monsieur Marcel le cache. Après avoir tiré dessus comme une forcenée, sans succès, je commence un peu à me décourager. Où peut-on bien cacher une clé de bureau ? Ça m’étonnerait beaucoup qu’il la garde sur lui, ce n’est pas non plus un coffre-fort. J’en déduis donc que la clé doit être dans la pièce.

Je me précipite vers la bibliothèque et secoue vigoureusement les livres en espérant qu’une petite clé va en tomber, mais rien. Je m’attaque au chai, lorsque j’ai une meilleure idée ! Je me rue de nouveau vers le bureau et soulève le vieux globe sur pivot. Bingo ! La clé est scotchée sous le pied. Je me dépêche d’ouvrir le tiroir pour y fouiller.

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Crédit illustration : Christine Couturier

 

Je suis déçue de ne pas y trouver grand chose d’intéressant. A première vue seulement des chéquiers et des dossiers sur l’exploitation Saint James. Mais à mieux y regarder je tombe sur une facture de location de bateau. Le reçu indique que monsieur Marcel a emprunté un hors-bord il y a quatre jours. Cela pourrait correspondre à la date de l’enlèvement de Vanessa. Malheureusement, il n’y a pas informations supplémentaires. Je m’affale sur la moquette bleue, emprunte à une soudaine lassitude.

Réfléchissons. Si j’enlevais quelqu’un sur cette île où est-ce que je pourrai cacher le corps, à l’aide d’un bateau ? Saint Anne ? Le Diamant ? La pointe d’Enfer ? Je m’arrête un instant sur cette dernière supposition. C’est peut-être ce que je ferai rien que pour le nom qu’elle porte, mais ce serait trop prévisible.

Je promène mes yeux sur le reste du bureau et tombe sur un cadre accroché au mur près de la fenêtre. Une photographie y est encadrée, elle représente les Marcel qui s’embrassent. Ils avaient l’air heureux à cette époque. Il me semble reconnaître que le cliché a été pris sur la presqu’île de la Caravelle. Mais bien sûr !

Je suis sur le point de retourner voir Madame Marcel, la femme du béké, pour lui faire part de mon idée quand j’entends la porte d’entrée claquer, suivi de bruits de pas sur le carrelage du hall.

– Denise ?

La voix est grave, dure, déterminée. Elle colle à la perfection avec le portait que j’ai vu de Pierre Marcel à la plantation Saint James.

Je m’empresse de refermer le tiroir du bureau et de remettre la clé à son emplacement d’origine. Je me suis mise dans un beau pétrin. Madame Marcel était sans doute bien sympathique de se laisser conter causette par une inconnue, mais ça m’étonnerait beaucoup que le propriétaire des lieux soit du genre à laisser quiconque pénétrer chez lui et fouiller dans ces affaires.

La meilleure alternative me paraît être la large fenêtre du bureau. Je l’ouvre le plus doucement possible, mais ne peut éviter un grincement provoqué par le bois gonflé de chaleur. Mon pouls s’emballe et je me fige sur place de peur d’entendre les pas lourds avancer dans ma direction.

Après quelques secondes d’une attente interminable, je passe mes jambes l’une après l’autre par l’embrasure de la fenêtre et cours com’si Deye bonda moin tjou (« comme si j’avais le diable aux fesses »).

Je ne reprends ma respiration qu’une fois dans l’habitacle sûr de la voiture et prends la route vers une station de bateau-taxi. Vers la dernière étape de mon périple : la Presqu’île de la Caravelle.

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Malgré la taille réduite de la Presqu’île, on y trouve un condensé impressionnant de paysages : plage, fourrés, forêt sèche, en passant bien sûr par l’inquiétante et insaisissable mangrove qui abrite toutes espèces d’oiseaux, crabes pour le matoutou et indésirables bêbêtes.

En arrivant à l’extrémité de la péninsule, je me dis qu’il est largement temps d’appeler Adam.

– Veronica ?! S’écrie t-il dès la deuxième tonalité.

Ouch, il n’a pas l’air ravi.

– Oui, Adam je t’appelle pour te dire …

Il ne me laisse pas finir ma phrase :

– Tu es où?! J’ai essayé de t’appeler une centaine de fois mais impossible de te joindre ! Je me suis fait un sang d’encre. Sérieux, tu es complètement irresponsable ou quoi ? J’étais sur le point d’appeler les flics !

– Je sais, je suis désolée ! Mais écoute moi. Je suis sur la Presqu’île de la Caravelle. Adam, j’avais raison pour la bouteille. Je crois sincèrement que ce n’était pas une blague et que le mot a été écrit par une jeune fille du nom de Vanessa qui a disparue il y a quatre jours. J’ai questionné des connaissances qui m’ont parlé d’une histoire de famille mêlant Pierre Marcel le contremaître de Saint James ! Sa femme est persuadée qu’il l’a enlevée et je pense qu’elle est ici.

Un grand silence accueille mes révélations.

– Non, mais tu es vraiment dingue !! C’est quoi ces sornettes encore ?! Tu t’es prise pour Sherlock ou quoi ? Veronica on est en vacances et tu nous as planté toute la journée avec Isobel sans même un mot pour nous dire où tu allais. Je voudrais vraiment que tu rentres maintenant !

Je n’ai pas le temps de répliquer qu’il m’a raccroché au nez. J’hallucine ! C’est vrai que j’aurai dû le prévenir avant, mais je savais qu’il m’aurait convaincu de rentrer à Grand’case, il me fallait des éléments concrets à lui présenter pour lui prouver qu’il avait eu tord.

Il ne sera pas content, mais après tout le chemin parcouru je ne vais pas abandonner la partie aussi facilement. Je glisse donc mon téléphone dans ma poche et reprends mon exploration de la presqu’île.

Inutile de m’attarder sur la plage ou dans les savanes herbacées. Si Vanessa est là, c’est dans la mangrove que je la trouverai.

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Je m’enfonce dans cet écosystème mystérieux et avance avec difficulté entre les racines-échasses des palétuviers. Je m’accroche aux troncs pour ne pas me casser la figure et frémis dès que j’entends un bruit étouffé, de crainte de tomber nez à nez avec une mygale ou un serpent. Je me donne du courage en me répétant sans cesse « moins pas pé ayen » (« je n’ai peur de rien »). Mais heureusement, je ne croise que des toutoulous (crabes) et des grenouilles.

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Crédit illustration : Christine Couturier

 

J’ai l’impression de marcher depuis des heures, sans but précis. Je n’ai pas trouvé la moindre trace de Vanessa et commence à me dire que je me suis soit trompée de piste, soit j’affabule complètement.

– VANESSA ?! Je hurle et un majestueux ibis rouge s’envole à grands bruits de plume, me faisant sursauter.

Je réitère : VANESSA ! Je n’ai plus rien à perdre et j’avoue que je commence à avoir envie de rentrer auprès de ma famille. Cette journée m’a exténuée.

Je reste silencieuse un moment, attendant une réponse. Je suis sur le point de rebrousser chemin lorsqu’un craquement sourd me retient.

– VANESSA !

De nouveau le même craquement. Une fois, puis deux.

Je me précipite dans la direction du bruit, manquant de m’affaler à plusieurs reprises.

Lorsque je parviens enfin à la provenance du crac, je suis au bord de l’eau et observe un amoncellement de racines tarabiscotées à moitié immergées. Ai-je halluciné ?

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Un mouvement dans l’eau provoque des vaguelettes concentriques et attire mon regard. Là, entre les grandes racines formant une petite grotte, je distingue le visage effrayé de Vanessa, bâillonnée, les mains retenues par une corde rêche à une des racines.

– J’arrive ! Je viens te chercher !

Je n’ai pas amorcé deux pas dans sa direction qu’un bruit de chargeur de carabine me stoppe net.

– Cé mô an kaif mô ici pa! (« c’est la mort qui vous attend ici ! »)

Je reconnais la voix grave, dure et déterminée de Pierre Marcel et me liquéfie sur place. Mon cœur bat si fort dans mes oreilles que j’entends à peine les mots qu’il prononce.

Je me retourne le plus lentement possible afin de lui faire face. Son visage est fermé, ses yeux plissés en deux fentes brunes. Mes doigts courent dans ma poche et appuient à l’aveugle sur la touche « bis » de mon téléphone. Bondié faites qu’Adam ne soit pas trop en colère et qu’il décroche le téléphone.

– Veronica c’est ça ?

– Comment le savez-vous ?

– Il faut croire que Denise n’a pas su tenir sa langue. Croyez le ou non, elle m’accuse d’avoir enlevé la fille de Joseph ! Elle boit tellement qu’elle en a perdu la tête !

Il a ponctué sa réplique d’un rictus qui me fait frissonner. Celui d’un homme qui a perdu tout sens du raisonnable.

– Vous devriez le savoir, Veronica, la curiosité est un vilain défaut. Si vous ne le saviez pas, vous allez l’apprendre à vos dépends !

En une enjambée, il est à ma hauteur et m’attrape violemment le bras.

– lafjé mwen! (« lâchez moi ! ») Je crie de toutes mes forces en espérant que quelqu’un m’entende.

– Pé là ! (« ferme là ! ») Réplique t-il avant que la crosse de la carabine qu’il tient ne vienne s’écraser sur mon visage.

 

***

 

Lorsque je reprends connaissance, je suis dans la même position inconfortable que Vanessa. Mes poignets sont douloureusement liés et j’ai de l’eau jusqu’à la poitrine. Le bout de tissus crasseux qui me maintient muette laisse un horrible goût de terre et de sueur sur mon palais à chacune de mes respirations.

Je ne veux pas mourir ici ! Pas comme ça. Je pense à Adam et à Isobel et des sanglots restent coincés dans ma gorge nouée.

Pierre Marcel est assis sur les racines, nous surplombant de quelques centimètres, se massant vigoureusement les tempes.

– Ah, vous voilà de nouveau parmi nous mademoiselle Veronica ! Juste à temps pour le clou du spectacle. S’exclame t-il en me voyant m’agiter au bout de ma corde.

– Je ne vous cache pas que vous avez saboté mes plans en une après-midi. J’avais tout prévu. Faire accuser Joseph du propre enlèvement de sa fille qui aurait tenté d’en faire peser la responsabilité sur moi. Dans le seul but de me faire jeter en prison et d’être tranquille pour fricoter avec ma femme. Vous imaginez le scandale ? Puis vous avez ramené votre grain de sable dans ma machine infernale. Mais ne vous en faites pas mademoiselle Veronica, je ne suis pas du genre à m’arrêter au moindre obstacle, sinon je ne serai pas là où je suis. Vous m’avez facilité la tâche à fureter et poser des questions sur Vanessa toute la journée. Nous n’aurons qu’à rajouter un bref chapitre sur la façon dont vous avez démasqué l’abominable plan de Joseph et comment les choses ont mal tourné. Un coup est parti si vite.

Pierre Marcel se lève et oriente sa carabine sur mon visage. Je me débats autant que possible pour me défaire de mes liens, mais la corde ne fait qu’entailler ma peau humide, sans se déserrer d’un pouce. Je ferme les yeux si fort que mes orbites me brûlent. Ça y est c’est la fin, je vais être assassinée ici et mon corps sera décomposé et mangé par la faune de la mangrove avant que quelqu’un ne me retrouve.

J’entends le bruit de la sécurité qu’on enlève et …

– POLICE ! Lâchez votre arme et levez les mains bien en évidence !

Je rouvre les yeux et arrive à peine à croire ce que je vois. Un groupe de policiers armés jusqu’aux dents tient Pierre Marcel en joue. Derrière eux, Adam et j’imagine, Joseph. Cette fois, je ne retiens pas mes larmes qui dévalent en cascade sur mes joues sales.

 

***

– Merci infiniment pour l’aide précieuse que vous nous avez fournie Madame Dantica. Me dit le chef de brigade. Et surtout si vous vous ennuyez à Paris, songez à une reconversion sur l’île ! Rajoute t-il en me tapant amicalement dans le dos.

– J’y songerai…

Inutile de préciser que j’ai eu mon compte d’action pour les prochaines années.

Joseph et Vanessa sont vraiment des personnes adorables et je suis ravie d’avoir pu les aider ! Pour nous remercier, Joseph a tenu a nous emmener Adam, Isobel et moi dans son restaurant préféré à Saint Joseph : chez Madou Siwo une immense paillote ouverte aux alizées et à la carte bien fournie.

– Qu’est-ce qui vous ferait plaisir Veronica ?

– Tamarins et boules coco !

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Crédit illustration : Christine Couturier 

N’hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ma nouvelle / carnet de voyage!  ✈️

(Toutes les photos sont issues de banque d’images internet)

Tamarin et boules coco # Part 1

Coucou mes jolis colibris! 🌺

Comme promis, j’ouvre une petite thématique Martinique sur le blog. Après les photos de mon voyage, j’ai eu envie d’entreprendre une sorte de carnet de voyage un peu particulier. Plutôt que de récolter des clichés, des fleurs séchées et autres bricoles, je me suis dit qu’il pouvait être intéressant de le faire sous forme de nouvelle ✒️.

Je vous propose donc la première partie d’une histoire tout droit sortie de mon imagination! En espérant que cela vous plaise!

Bonne lecture! 😘


 

Tamarin & boules coco

Crédit photo : Samsha Tavernier

« Tamarin et boules coco » © samsha tavernier, Tous droits réservés

Conformément à l’article L.335.2 al 3 du Code de la propriété intellectuelle : « La loi incrimine au titre du délit de contrefaçon : toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi ».


 

-Veuillez attacher vos ceintures s’il-vous-plaît, nous allons atterrir. Nous dit l’hôtesse en passant entre les sièges, un sourire mielleux collé sur le visage.

-Isobel tiens toi tranquille s’il te plaît on arrive !

Je suis incroyablement soulagée que l’interminable trajet en avion arrive à son terme. Je ne suis jamais tranquille dans les airs, angoisse que j’ai probablement hérité de ma mère. J’ai mal aux fesses et Isobel vient de finir le dernier coloriage de son cahier acheté la veille spécialement pour l’occasion. Timing parfait.

Je regarde Adam qui ronfle doucement, imperturbable. Nous pourrions nous crasher sur le champ qu’il ne s’en rendrait même pas compte. Il faut dire que ces dernières semaines ont été éprouvantes pour lui avec la somme colossale de travail qu’il a accumulé. Pour moi c’est plutôt l’inverse. En ce moment, ma routine est d’un ennui mortel et j’espère sincèrement que ces vacances vont me donner un peu de punch.

« Nous arrivons à l’aéroport Aimé Césaire en Martinique. Il est 15h30 heure locale. La température extérieure est de 30 degrés avec un taux d’humidité de 70%. Nous vous remercions d’avoir choisi notre compagnie et vous souhaitons un bon séjour.»

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Hallelujah ! Je me vois déjà arborer mon petit bikini bleu Eres – qui m’a coûté un bras compte tenu de la quantité de tissu, mais qui fut un achat bien mérité après la perte difficile de mes kilos en trop – au bord de la piscine turquoise de l’hôtel !

Je secoue vigoureusement mon mari pour le réveiller.

– Papa, papa on arrive !! S’écrie joyeusement notre bout-de-chou.

Avec ses yeux marrons en amande et ses cheveux châtain clair, l’enfant est une chabine adorable qu’on aime rien qu’à la regarder.

Adam, encore tout endormi, grogne pour toute réponse. Une tâche de bave s’est répandue sur son tee-shirt blanc et les coutures de l’oreiller gonflable lui ont laissé de grosses marques sur le visage. Scène risible étant donné que ces derniers temps il ne me semble pas l’avoir vu sans son très sérieux costume trois-pièces et son attaché case. A croire qu’il ne quittait même pas la cravate pour dormir.

Dès que nous posons le pied sur le tarmac de l’aéroport, une chaleur suave nous englobe et une douce brise rend les 30 degrés tout juste agréables. Je laisse Adam se charger des bagages et de la voiture de location, tandis que j’attends dehors, Isobel dans les bras. Je ferme les yeux et laisse les rayons du soleil picoter mon visage, égrainant de nostalgiques souvenirs d’enfance.

La Martinique est l’île de mon père, la mienne également. Malgré notre déménagement en métropole, nous y revenions chaque été jusqu’à mon adolescence. Puis les circonstances ont rendu les choses plus difficiles : les moyens financiers, mes études à l’étranger, ma profession prenante et finalement ma rencontre avec Adam. C’est la naissance d’Isobel qui a tout changé. Je voulais que ma fille soit animée des mêmes souvenirs enchanteurs que les miens. A l’époque où chaque déplacement est une aventure, chaque endroit un nouveau terrain de jeu, il fallait que je lui offre le plus merveilleux qui soit.

-En carrosse mes beautés ! S’écrie Adam en brandissant fièrement les clés de la voiture de location flambante neuve. Un énorme pick-up noir mat nous attend à l’autre bout du parking. Bien sûr, il a fallu qu’il prenne le plus gros modèle du catalogue. Un engin bien voyant. Décidément je ne comprendrais jamais les hommes et leur obsession pour les grosses voitures, comme si la vie était une éternelle compétition. Je lève les yeux au ciel devant tant d’exubérance mais retient à peine un sourire tant il a l’air heureux. Je ne compte pas conduire de toute façon, alors autant qu’il en profite si ça peut lui faire plaisir.

Depuis la vitre baissée, j’observe le paysage, rêveuse. Les choses ont bien changé depuis mon dernier voyage. Tout semble … plus petit, plus moderne aussi, mais toujours aussi incroyablement coloré et plein de vie. Le long de la route, les palmiers se balancent fièrement au vent et l’odeur des bougainvilliers fuchsias embaume l’air.

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Nous avons décidé de poser nos bagages au sud-ouest de l’île et lorsque nous arrivons à l’hôtel « Grand’case », je ne suis pas déçue ! Les photos rendaient bien hommage à l’établissement. Plusieurs grands bungalows du plus pur style colonial sont dispersés sur un terrain boisé entourant une immense piscine-lagon. Nous sommes accueillis par les chants des oiseaux et les rires des enfants qui jouent dans l’eau. Un paradis sous les tropiques! Isobel ne tient plus en place et n’a visiblement qu’une idée en tête : enfiler ses brassards roses et se jeter dans l’eau fraîche. J’avoue que je ferai bien de même. Une hôtesse avec un accent chanteur nous désigne notre bungalow, un peu à l’écart des autres, nous accordant une intimité privilégiée. A l’intérieur, le même standing luxueux : les lits sont tirés à quatre épingles et habillés d’élégants couvre-lits en madras, des bouquets de roses porcelaines et des doudou corossol sont disposés sur la table en merisier du salon et une dodine donne directement sur le jardin.

– Je sens qu’on va être bien ici !

***

Le lendemain, destination la plage de sable noir d’Anse Dufour à quelques minutes en voiture de notre hôtel. Je suis impatiente de revoir ce lieu de fantasme de mes jeunes années et de le faire découvrir à ma petite famille. Je me souviens, le jour de mes six ans, avoir vu une énorme tortue marine pondre ses œufs en creusant inlassablement le sable de ses nageoires. Manmandlo m’avait offert le plus beau cadeau d’anniversaire possible.

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A peine arrivée, je saute du pick-up, jette mes tongs et m’élance sur la plage telle une gamine. L’endroit est toujours aussi beau. Les grains de sable se glissent entre mes orteils et me chatouillent la plante des pieds. Je me laisse absorber par la contemplation de la mer indigo, dont les vagues écumeuses tranchent avec le reste de la plage. Le va-et-vient de l’eau, le bruit du vent qui secoue les palmes des cocotiers, les yoles des pêcheurs au loin, je suis contente de voir que le temps n’a pas altéré l’acuité de ma mémoire. Je suis tirée de ma torpeur lorsque je sens les petites mains chaudes d’Isobel s’agripper à ma jambe.

– Alors, ma puce qu’est-ce que tu en penses ? C’est beau hein ?!

Ma fille acquiesce, l’air aussi ravie que moi.

– On s’installe là ? Me demande Adam en sortant les serviettes du panier de paille.

Je pouffe en apercevant qu’il a mit le chapeau de bakoua que je lui ai acheté pour rire à la boutique de l’hôtel. Ça lui va plutôt bien et lui donne presque l’air d’un local, mais va totalement à l’encontre de son look habituel.

chapeau bakoua

En lissant les cheveux d’Isobel à l’aide d’huile de coco – recette de grand-mère – je me rends compte à quel point la Martinique me manquait.

Une odeur de grillade de morue vient me chatouiller les narines et fait gargouiller mon ventre, malgré l’heure encore matinale. Une torture vis-à-vis de mes toutes récentes bonnes résolutions alimentaires.

– Je vais marcher un peu le long de la plage, ok ? Dis-je à Adam. Il ne répond pas, mais dresse son pouce vers le ciel, signe qu’il a entendu.

J’enfile mon short et me saisit de mon téléphone, bien décidée à faire le plus de photos possibles pour immortaliser le paysage et faire jalouser un maximum mes collègues de travail.

J’observe les yoles multicolores et les formes fantastiques des nuages, semblables à de la barbapapa vanille. J’ai presque atteint le bout de la plage, lorsque j’aperçois un reflet brillant à quelques mètres de là. J’espère que c’est un coquillage de lambi pour pouvoir l’offrir à Isobel.

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Je m’approche à grandes enjambées de l’objet mystérieux et suis incroyablement déçue de voir qu’il s’agit d’une bouteille de rhum vide, sans doute le vestige d’une soirée arrosée au clair de lune. Les gens ne respectent vraiment rien.

Je me penche pour la jeter plus loin, à l’abri de petits petons fragiles comme ceux de ma fille. Je suis sur le point de la balancer lorsque quelque chose à l’intérieur de la bouteille retient mon attention. Une sorte de papier rosâtre tout froissé. Un message. Fut une époque où moi aussi j’aimais jouer à cela avec mes copines. Nous avions même rédigé une lettre pour les aliens qui envahiraient la terre afin de laisser une trace de notre passage. Nous nous disions qu’ainsi nous serions plus célèbres encore que les grands noms de ce monde. Les extraterrestres conteraient à leurs marmots les aventures de Veronica Allende et de Michelle Robert. Je souris, amusée par la situation et je me demande bien ce que le mot peut contenir et surtout si je dois le lire.

« Bon aller je me lance » je pense avant de dévisser la bouteille.

L’eau salée a légèrement oxydé le bouchon métallique, mais l’étiquette de la marque du       «petit feu» (le rhum) est presque intacte, seuls les bords sont décollés. Le message est donc récent. Je tire avec difficulté le papier humide qui accroche aux parois de verre. De petites fleurs sont dessinées dessus et une drôle d’odeur de pot-pourri s’en dégage, ce qui semble confirmer ma première impression d’un jeu d’enfants. Toutefois, lorsque je le déplie et en lis le contenu, je reste scotchée sur place.

Les mots « Aidé mwen » ont été griffonnés à la va-vite.

J’espère d’abord une blague débile, mais les doigts qui ont écrit ces deux mots étaient sans aucun doute crispés et tremblotants lorsqu’ils sont entrés en action. De plus, si des enfants avaient voulu faire une mauvaise blague, ils auraient été plus expansifs et en auraient rajouté une couche du genre « ils vont nous tuer » ou « nous ne sommes pas morts». Bref quelque chose d’un peu plus sensationnel. Un « simple » aidez-moi c’est quelque chose qu’on rédige à la va-vite, dans un ultime geste d’espoir que quelqu’un puisse trouver notre cri de détresse dans les temps, juste avant qu’un ravisseur ou un meurtrier ne nous rattrape et nous assène un coup sur la tête.

La bouteille toujours en main je rebrousse chemin en sprintant. Lorsque j’aperçois Adam à moitié enseveli dans le sable – œuvre d’Isobel qui rit à s’en décrocher les mâchoires d’avoir ainsi acculé son père – je lui fais de grands signes sans relâcher l’allure. Il bondit de son fragile piège pour me rejoindre, l’air totalement paniqué de me voir dans cet état.

– Veronica?! Qu’est-ce qu’il se passe ?!

Je peine à reprendre mon souffle après l’effort que m’a demandé ce retour exprès. Pour toute réponse je lui tends le bout de papier.

– Et ? Me demande t-il d’un air perplexe.

–  J’ai trouvé ça dans une bouteille échouée sur la plage. Parvins-je enfin à articuler, les mains sur les hanches tentant de calmer un douloureux point-de-côté.

– Quelqu’un a besoin d’aide Adam ! Je poursuis sur ma lancée étant donné que mon compagnon n’a pas du tout la réaction escomptée.- Tu rigoles j’espère ?! Me coupe t-il. Veronica, ce n’est qu’une farce de gamins qui devaient s’ennuyer et seront probablement ravis de constater qu’un crédule badaud s’est laissé prendre au jeu.

Je prends sur moi pour faire fit du « crédule badaud » et lui fais part de mes observations quant à l’écriture et la rédaction du message :

– Non mais regarde mieux ! Ça a été écrit par une personne qui était effrayée !

Son manque d’imagination m’exaspère à un tel point que je lui colle quasiment le bout de papier sur le nez.

– Écoute moi, tu lis beaucoup trop de romans noirs. Réfléchis deux minutes avec les téléphones portables, les Iwatch et compagnie tu penses vraiment que quelqu’un dans l’urgence prendrait le temps d’écrire un S.O.S sur un papier, d’aller chercher une bouteille pour le mettre dedans et ensuite se rendrait à la plage pour le jeter. Alors qu’il y a une chance sur mille pour que quelqu’un trouve ledit mot ?!

Adam m’irrite au plus haut point avec son pragmatisme, mais je dois avouer que vu comme ça et l’adrénaline de la découverte passée je me sens un peu bête d’y avoir réellement cru.

– Tu as sans doute raison. Dis-je en haussant les épaules.

– Bien sûr, j’ai toujours raison, tu le sais bien ! Allez viens allons nous goinfrer de gratin d’ignames et de grillades de morue !

Tamarin et boules coco (1)

Crédit illustration : Christine Couturier

 

Une nuit chaude est tombée sur Grand’Case. Je me berce nonchalamment sur la dodine sous la véranda tandis que plane sur les lieux un silence total plein de mystère. Une brise de terre fait dévier les « bêtes à feu » (les lucioles) de leur folle trajectoire. J’observe le spectacle tout en buvant de l’amicoque (alcool anisé) qui me brûle les lèvres au passage. Cette histoire de bouteille à la mer m’a hantée toute la journée malgré tous les efforts déployés par Adam pour me la faire oublier. Au fond de moi, mon instinct me dicte qu’il y a un fil à tirer, même si ma raison se plie à l’opinion de mon mari. Je sors le petit bout de papier tout froissé que j’ai laissé dans ma poche et relie les deux mots pour la énième fois. J’ai sans doute une imagination fertile, mais je n’aurais pas l’esprit tranquille tant que je ne me serai pas assurée qu’une vie ne dépend pas de moi. C’est décidé, demain je fais un tour au commissariat.

***

Adam et Isobel dorment encore à poings fermés lorsque je m’engouffre dans le pick-up de location. L’engin est tellement imposant que je ne vois même pas le bout du capot depuis le poste de conduite. Je ne suis pas sûre de pouvoir manœuvrer la bête, encore moins la garer, mais je ne vais tout de même pas y aller à pied.

Finalement, le trajet n’est pas si terrible et l’heure matinale me vaut un parking vide. Hourra !

Arrivée au commissariat, je me dirige directement vers les panneaux en liège disposés contre les murs nus. Des alertes « vigipirate », quelques consignes de sécurité routière et enfin je trouve ce que je cherche : des avis de disparition. J’en compte cinq au total. Deux d’entre eux datent de plusieurs mois, je ne les prends donc pas en considération compte tenu du bon état de la bouteille que j’ai trouvé. Un troisième représente un homme d’une soixantaine d’années. Il me semble peu probable qu’il ait rédigé son mot de détresse sur du papier parfumé à motifs floraux. Reste donc deux pistes probables. Je décroche lesdites affichettes pour observer de plus près les photographies en noir et blanc. Il s’agit de deux femmes. L’une – Thérèse – est d’âge mur, les cheveux courts et grisonnants, probablement mère de famille vu sa petite ride reconnaissable entre les sourcils. L’autre – Vanessa – est une jeune fille de 17 ans. Elle porte de longs cheveux tressés et sourit joyeusement sur la photo. En observant ces deux femmes, je me sens mal à l’aise. Que sont-elles devenues ? Où sont-elles en ce moment ? Leurs familles respectives doivent mourir d’inquiétude. Je n’ose même pas imaginer qu’un tel sort puisse arriver à Isobel. Rien que d’y penser des frissons courent de ma nuque jusqu’à mes orteils.

Je photographie les annonces avant de les épingler de nouveau à leur place. Elles ne comportent pas d’informations supplémentaires, mais les photos pourraient s’avérer utiles.

De retour dans la voiture, je m’interroge sur la prochaine étape de mon enquête. Avoir les numéros des familles des deux femmes disparues m’aurait sans doute aidé, mais seul un numéro vert est indiqué.

Après avoir fait fonctionner mes méninges quelques minutes, il me semble que la meilleure solution est d’exploiter la piste de la bouteille de rhum Saint James.

 

 

Crédit illustrations : Christine Couturier

***

La plantation Saint James est la plus ancienne distillerie de l’île et se trouve à Sainte Marie. Je distingue le panneau « Musée du Rhum » sur la route avant même la grande bâtisse de dentelle blanche aux tuiles rouges. De grands champs de cannes à sucre s’étendent derrière la belle demeure. Une machine agricole est à l’œuvre, mais je ne peux m’empêcher de penser à ces hommes et ces femmes qui, autrefois, coupaient la canne au coutelas tout en chantant sous un soleil de plomb afin d’oublier les souffrances de l’existence.

Le musée présente l’ancien matériel en cuivre et laiton, ainsi que les machines à vapeur utilisées à l’époque, bien loin de l’outillage moderne.

saint james

Le tintement d’une clochette annonce ma présence lorsque je pousse la porte. Un élégant jeune homme me sourit, m’invitant à la confidence.

– Bonjour Madame

– Bien le bonjour à vous ! saoufé ! Je sens que vous allez pouvoir me renseigner !

L’expérience m’a appris que commencer par un mot gentil facilite bien souvent les rapports humains.

– Eh oui ! J’en sais presque autant que Monsieur Marcel. Il a ponctué sa phrase d’un geste vers un des grands portraits accrochés dans son dos. La photographie couleur représente un « béké » d’une carrure imposante, au port altier. Il porte une moustache fournie qui accentue encore son air de patriarche. Sur une petite plaque métallique en dessus du cadre est gravé : « Monsieur Pierre Marcel administrateur de la rhumerie Saint James ».

Je dégaine mon téléphone portable et fait défiler les photos jusqu’à tomber sur celle de Thérèse.

– Est-ce que vous la connaissez ?

– Ma foi oui ! Thérèse, je ne la connais pas personnellement mais à ce qu’on dit c’est un sacré phénomène. Elle passait souvent par ici durant ses jours de congés, mais ça fait un bout de temps qu’on ne l’a plus vu. Elle est vendeuse de souvenirs pour les touristes au Jardin de Balata. Vous lui voulez quoi ?

Je ne répond pas et me contente de passer à la photo suivante, celle de la plus jeune femme.

– Pauv’iche moins ! (« la pauvre petite ») C’est Vanessa, la fille de Joseph. Je la croisais tous les samedis au marché de Fort-de-France au stand des douceurs. Selon moi, elle attirait les clients plus par sa beauté envoûtante que par ses sucreries, si vous voyez ce que je veux dire. Ajoute-t-il dans un clin d’œil.

– Joseph ? Je demande sans relever le sous-entendu.

– Oui, il travaille ici lui aussi. Mais depuis ce qui s’est passé, il n’est pas revenu.

J’acquiesce. Ça paraît évident. Le pauvre homme doit être dévasté.

– Est-ce qu’il y a une adresse où je pourrai le trouver ?

Le jeune garçon paraît soudain perplexe et j’ai peur d’en avoir trop demandé.

– Vous m’avez dit que vous étiez qui exactement ?

– Juste une amie.

Ma réponse ne paraît pas le convaincre, mais après le grand sourire que je lui assène avec « un grand yeux doux », il finit par se détendre.

– J’ai juste un numéro de téléphone pour vous. Voyez ça directement avec Joseph. Me dit-il en griffonnant les chiffres sur un prospectus du musée.

 

Dans la voiture, j’essaye aussitôt le numéro, mais après plusieurs tonalités je tombe sur la messagerie. Je raccroche immédiatement. J’aurais préféré l’avoir de vive-voix. Par message cela semblerait un peu étrange de lui demander des informations sur son enfant disparu.

Espérons que j’aurais plus de chance en me lançant sur la piste de Thérèse.

Direction, donc, le jardin botanique de Balata au nord de Fort-de-France.

balata

Le tableau de bord indique presque 13 heures lorsque ma voiture s’engouffre sur le parking déjà bien chargé. Pas étonnant, le jardin est un incontournable de l’île avec le zoo de l’habitation Latouche et l’habitation Clément.

Je me maudis un peu de ne pas avoir pris un plan pour trouver le stand de Thérèse tandis que je m’enfonce dans la profusion de plantes tropicales du « jardin », mais peu à peu je me laisse envoûter par la beauté naturelle des lieux.

Je me perds entre les bambous géants, le ricin, les amandiers et les jujubiers. Des cascades d’orchidées sauvages aux couleurs vives se déversent à mes pieds, tandis que de fugaces colibris noirs et bleus font du sur-place au dessus des hibiscus odorants. Véritable paradis terrestre. En passant à côté d’un immense fromager, les histoires de mon père sur les maîtres quimboiseurs, cheval trois pattes, diablesses et dorlis me reviennent en mémoire et me font sourire. Il n’y a que sous les tropiques que les histoires de magie paraissent si réelles.

fromager

Après une bonne heure passée à rêver les yeux ouverts, je débouche enfin sur un chemin dallé bordé par des buissons de queues de chat rouges menant à la boutique de souvenirs du jardin. Mugs, paréos, bracelets perlés, graines à planter sont soigneusement empilés sur les étagères de l’échoppe. Je repère une adorable poupée martiniquaise parée de ses atours traditionnels : jupon de madras, blouse blanche et coiffe assortie. J’en attrape une pour Isobel et me dirige vers la caisse. Une femme aux formes généreuses portant un tee-shirt à l’effigie du jardin, m’encaisse.

– Est-ce que vous connaissez Thérèse ? Je lui demande timidement.

– Thérèse Benjamine ? Bien sûr que je la connais ! C’est une de mes plus vieilles amies ! Me répond t-elle des larmes plein les yeux.

– J’ai appris qu’elle avait disparu. Je suis désolée.

Elle hoche la tête silencieusement.

– Est-ce que vous avez une idée de ce qui a pu se passer ? Je poursuis en attrapant le sac en papier qu’elle me tend.

– C’est ça le plus étrange Madame! Elle a disparu comme ça pouf ! La veille nous fêtions mon anniversaire à la maison et le lendemain… Tenez, regardez, elle m’a même écrit une gentille carte. Rien qui puisse annoncer qu’elle se méfiait de quelqu’un ou qu’elle souhaitait prendre ses cliques et ses claques.

En attrapant la carte colorée qu’elle me montre, quelque chose me chiffonne.

L’écriture de Thérèse ne colle pas à celle du mot trouvé dans la bouteille. Sur la carte d’anniversaire, les lettres sont tracées à l’encre bleue en plus d’être beaucoup plus rondes. Même les points des i sont différents, ceux de Thérèse ressemblent à de petites croix. Malgré la précipitation, les habitudes ne se perdent pas à ce point. La manière dont on écrit est quelque chose de gravé, significatif de l’identité de son propriétaire. De toute évidence, Thérèse n’est pas la femme que je cherche.

– Merci beaucoup. J’espère sincèrement que les policiers vont vite retrouver votre amie !

– Moi aussi…

Sa réponse est presque imperceptible et se perd dans les éclats de voix du groupe de visiteurs qui vient d’entrer dans la boutique.

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Crédit illustration : Christine Couturier

 

Cette première partie vous a t-elle plu? 

La suite arrive très bientôt … 

(Toutes les photos sont issues d’une banque d’images internet)

 

Destination Amazonie # Part 2

Suite et fin de ma nouvelle sur le thème « post apocalypse » !!

© samsha tavernier, Tous droits réservés

L’article L.335.2 al 3 du Code de la propriété intellectuelle dispose : « La loi incrimine au titre du délit de contrefaçon : toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi. »

Destination Amazonie
Apprendre l’échec de la mission avait plongé Joshua dans une rage sans nom. Il haïssait cette vie et ces gens qui leur dictaient leur conduite et les asservissaient sans vergogne. Summer avait beaucoup pleuré suite à la perte monumentale qu’ils avaient subi ce soir-là, ce qui l’avait rendu encore plus en colère. Ils étaient bousillés, voilà ce que ce monde avait fait d’eux. Des êtres sans repères, désabusés et se contentant de minuscules instants de vie. La vie, lui, il voulait la bouffer à pleines dents. Il était encore jeune, plein d’envies et de passion. Jamais ils n’arriveraient à éteindre le feu qui courait encore dans ses veines, il ferait tout pour les en empêcher. Le désir et la spontanéité c’est ça qui le faisait avancer. Il était impulsif, fiévreux, très irréfléchi aussi. Mais par les temps qui couraient Joshua percevait son caractère comme une marque de rébellion. Tout était bon à prendre pour faire chier cette bande de rats pensa-t-il.
S’il les avait écoutés, il n’aurait même plus eu le droit de toucher Summer. Qu’ils aillent se faire voir. Elle était ce qui avait de plus cher, tout ce qui lui restait. Ils leur avaient pris tout le reste dans le but de les anéantir, mais les avaient rendus plus forts sans le vouloir.

Après l’incident de l’immeuble désaffecté, ils avaient tous redoublés d’efforts et travaillé d’arrache-pied sur cette foutue ligne de chemin de fer. Jour comme nuit. Même le pervers de contremaître en était resté scié. Il les avait félicité comme s’ils en avaient quelque chose à carrer. La seule chose qui faisait jubiler Joshua plus encore que de quitter le pays était d’imaginer la tête de cet imbécile lorsqu’il découvrirait qu’ils les avaient couverts d’éloges alors qu’ils trimaient pour s’enfuir. Cette pensée le fit sourire.
Désormais que la ligne principale était remise d’aplomb, ils ne leur restaient plus qu’à tailler la route. Plus facile à dire qu’à faire évidemment. Le marché noir de la drogue avait connu une pique de fréquentation ces derniers jours et les chiens de garde de miliciens étaient aux aguets. S’ils voulaient partir il faudrait le faire vite, avec les premiers trains. Sinon d’autres auraient la même idée qu’eux et ils leur seraient quasi impossible de mettre leur plan à exécution.
Il avait appris que les gouvernants viendraient inaugurer la toute nouvelle ligne à grand renfort de photos et de propagande. Tout le monde serait donc sur le qui-vive pour rendre les lieux aussi présentables que possible et les travailleurs bien dociles. Ce serait le moment où jamais. Il ne savait pas encore bien comment ils allaient faire, mais ils prendraient la poudre d’escampette le lendemain ou jamais. Le contremaître allait péter un câble lorsqu’il se rendrait compte qu’il avait perdu cinq de ses travailleurs à la veille d’une présentation officielle.
Summer était morte de trouille. Elle avait empaquetée toutes ses affaires dans le petit sac à dos avachi qu’elle utilisait lors de toutes ses missions et qui était désormais planqué dans le baraquement de chantier près de la carrière avec les quatre autres paquetages.
Jusqu’à la dernière minute personne n’avait su comment ils allaient quitter leur poste de travail sans se faire remarquer, puis Marshall avait eu une idée de génie. Il allait ouvrir les cages des chiens de la fourrière d’à côté pour faire diversion.
Les animaux avaient été particulièrement touchés par les radiations lors de l’explosion des usines. Ça les avaient soit tués, soit rendus extrêmement agressifs à l’encontre des hommes. Tout spécialement les chiens. De grandes campagnes d’extermination avaient été lancées dans les villes, mais on en gardait certains dans des fourrières lorsqu’il y avait un espoir de dressage. C’était la milice qui, le plus souvent, avaient recours à ces méthodes ou les travailleurs en haut du panier comme le contremaître.
Si Marshall réussissait à les libérer, les chiens deviendraient fous et se précipiteraient dans la carrière provoquant un magistral mouvement de foule puisque tous les travailleurs avaient appris à en avoir peur. C’était risqué certes, mais ça restait brillant. L’ordre mettrait tellement de temps à revenir qu’on ne remarquerait leur absence que très tard dans la soirée et à ce moment-là ils seraient déjà loin.
Le hic, c’est qu’ils devraient, par mesure de prudence, récupérer le train à la gare suivante située à plusieurs kilomètres au sud de la carrière, dans la même direction que le vieil immeuble qui laissait d’âpres souvenirs dans la mémoire de Summer et des autres.

Les montres étaient synchronisées et tous occupaient des postes proches les uns des autres pour être en mesure de se garder à l’œil. Pour le moment, tout était relativement calme. Personne ne semblait se douter que dans quelques minutes une vague de chaos déferlerait sur les lieux.
Haletante, Summer regardait sa montre-bracelet toutes les dix secondes. Alors qu’elle s’apprêtait a réitéré le geste réflexe pour la centième fois, les doigts de Joshua s’abattirent sur son poignet pour l’en empêcher.

– Calme-toi ou tu vas finir par attirer les soupçons. Lui souffla-t-il.

– Marshall a du retard ! Ça fait cinq minutes que ça aurait dû arriver. Josh, on a calculé juste, il ne faut pas qu’on rate le train.

– Je sais, mais ça ne sert à rien de s’exciter comme ça. Tu rends tout le monde nerveux.

– Il se passe quoi si ça rate ? Demanda-t-elle, sans réellement tenir compte du reproche de Joshua.

Celui-ci n’eut pas le temps de répliquer, car des aboiements furieux déchirèrent l’air et remplirent la carrière. Tous les travailleurs s’immobilisèrent brusquement dans leur mouvement. Le contremaître se leva et sa chaise en plastique tomba, entraînée dans son élan. Plus personne ne bougea et un silence irréel tomba sur la carrière comme une chape de béton.
Le silence fut de nouveau éventré par des grognements lorsque la horde de chiens apparue. Tout le monde parût brusquement retrouver le contrôle de son corps et tous se mirent à fuir en même temps dans des directions différentes, criant et s’agitant. Le contremaître semblait hésitant, ne sachant pas s’il devait fuir ou lutter pour faire revenir l’ordre. Il opta finalement pour la première option et parti en direction des casernes de la milice dans l’ultime espoir que ces derniers pourraient contrôler les bêtes ou les tuer.
La vision des chiens était si effrayante que peu avait remarqué que les animaux enragés poursuivaient un seul et même homme : Marshall.
De mémoire d’homme, on n’avait jamais vu quelqu’un courir aussi vite. L’instinct de survie et le désespoir décuplant ses forces.
Comme prévu, Elsa avait déjà quitté sa position pour se rendre à la baraque pour récupérer leurs équipements. Summer aurait dû aller la rejoindre tandis que Dan et Joshua prendraient un autre chemin pour ne pas éveiller les soupçons au cas où quelqu’un aurait eu la lucidité de regarder ce remue-ménage avec attention.
Seulement un mauvais pressentiment empêchait Summer de bouger. Elle était clouée sur place observant la scène comme dans un rêve. Tout à coup, ce qu’elle redouta arriva. Dans sa précipitation, Marshall se tordit la cheville contre un bloc de pierre lâché par un des travailleurs dans son urgence de fuir les lieux. Le garçon se vautra de tout son long tandis que les chiens récupéraient la maigre avance qu’il avait prise sur eux.
Summer comprit immédiatement ce qui allait se passer et se mit à hurler. Son cri fit se retourner Joshua et Dan dans sa direction, puis dans celle de Marshall. Tous les trois s’élancèrent comme un seul homme vers leur ami toujours a terre, visiblement un peu sonné par sa chute et peinant a reprendre haleine.
Summer arriva la première devant Marshall, elle se saisit des mains moites et glissantes du jeune homme et le tira de toutes ses forces, arrachant des cris de douleur à Marshall dont le corps traînait par terre et passait sans ménagement sur les pierres. Joshua arriva à son secours et serra les mains sur celles de Summer afin de multiplier leurs forces. – Met toi debout mec !! Hurla Joshua à l’adresse de Marshall.
Mais le malheureux n’arrivait pas à prendre appui sur sa cheville blessée. A deux, puis bientôt à trois ils traînèrent Marshall de plus en plus vite, tout en avançant à reculons.
Ils n’allaient pas assez vite. Les chiens bondissaient vers eux à une allure folle, plus que quelques centimètres et le premier de la troupe serait en mesure de refermer sa mâchoire d’acier sur les jambes de Marshall. Tous hurlaient sous l’effort.

– Lâchez-moi ! Lâchez-moi !! Hurla-t-il à l’adresse de ses amis. Dan obéit à la supplique le premier :

– Il a raison ! On ne s’en sortira pas !
Summer n’arrivait pas à en croire ses oreilles. Ils ne pouvaient pas l’abandonner comme ça. Marshall leur avait offert la clé pour se libérer, ils ne pouvaient pas le laisser là en plan, l’offrant en sacrifice au profit de leur bonheur.
Elle fut soulagée de sentir que la pression des mains de Joshua sur les siennes ne faiblit pas. Summer observa avec horreur les chiens bondirent vers son ami, un à-coup de leur part leur permit de faire échapper Marshall de quelques millimètres à peine aux crocs meurtriers.

– Cassez-vous !! Si vous êtes vraiment mes potes, partez ! Cria Marshall.

Summer se sentit tirée en arrière, forcée de lâcher prise. Elle ne comprit pas toute suite que Joshua essayait de l’arracher aux mains de Marshall.

– Tu fais quoi ? Josh ne me laisse pas tomber !!

Le jeune homme n’écouta pas et souleva Summer avec force. Ses mains luisantes de transpiration ne trouvaient plus de prises pour s’agripper aux doigts de Marshall qui tentaient lui aussi de se dégager. Joshua la hissa puissamment sur son épaule tandis qu’avec Dan ils reprirent leur course folle dans le sens opposé, laissant Marshall à son triste sort.
Summer observa une dernière fois le visage de son ami avant de fermer les yeux pour ne pas voir les chiens le déchiqueter à pleines dents.

Lorsque Elsa nota leurs mines défaites et l’absence de Marshall, elle ne posa pas de questions, ne leur adressa pas de reproche. Des larmes silencieuses coulèrent sur ses joues tandis qu’elle privait de l’eau et des vivres le paquetage de Marshall afin de les répartir dans les quatre sacs restants. Chacun s’en saisit et se mit en route sans dire un mot. Joshua saisit la main de Summer et ils se mirent à courir en rang d’oignon aussi vite que la prudence le leur permettait.
Il leur faudrait forcer l’allure pour atteindre la station de gare avant le train. Il était inconcevable qu’ils le rate et que leur ami soit mort dans d’atroces souffrances pour rien.

Destination Amazonie (3)

Pendant un temps, ils ne furent pas trop dérangés, la majorité des effectifs de la milice ayant dû être réquisitionné à la carrière pour y contrôler les chiens sauvages et mettre fin au désordre. Summer se demanda ce qu’il adviendrait du corps de Marshall. Même si par miracle il avait le droit à des obsèques correctes, il n’y aurait personne pour lui rendre hommage. Elle secoua la tête pour chasser ces sombres pensées et porta toute son attention sur la route qu’ils leur restaient à parcourir. Ils entendirent bientôt le bruit lointain des rails qui frémissaient sur la passerelle au-dessus de leurs têtes. Le train s’approchait plus vite qu’ils ne l’avaient espéré. La panique leur fit perdre toute prudence et ils se mirent à courir, de front en furies.
Ils y étaient presque. Ils voyaient enfin les grands escaliers menant à la passerelle sur laquelle ils pourraient sauter sur le train en marche. Cependant des voix refrénèrent leurs élans.

Summer reconnut aussitôt la voix gutturale de l’homme-monstre de la milice, probablement accompagné de son acolyte de la fois précédente. Ils allaient forcément les voir. Ils étaient à découverts, aucun immeuble ne leur permettant de se mettre à l’abri. Ils étaient à quatre contre deux, mais étant donné le gabarit et la force hors du commun des deux miliciens, on pouvait considérer qu’ils étaient à force égale. Aucune chance si les deux miliciens avaient des armes automatiques en leur possession.
Tous se regardèrent avec de grands yeux, totalement désemparés. Ils n’avaient pas beaucoup de temps pour décider d’un plan d’action.
Summer avisa Dan, il était assez impressionnant, un peu plus grand et costaud que la moyenne. Surtout, ses vêtements n’étaient pas couverts de poussières comme ceux de Joshua ou d’Elsa. Summer et lui était les plus présentables.
Sans leur expliquer davantage ce qu’elle comptait faire, elle empoigna le sac de Dan et le sien qu’elle balança à plusieurs mètres derrière eux de façon à ce qu’ils soient moins visibles. Elle ramena en vitesse ses cheveux dans une queue de cheval approximative pour avoir l’air plus soignée, puis ramassa deux morceaux de bois courbés totalement carbonisés avant d’en fourrer un dans la main de Dan qui la regardait totalement hébété commençant à comprendre la comédie qu’elle s’apprêtait à jouer.
– Elsa, Josh à genoux ! Dan et moi on va se faire passer pour des miliciens. On vous a attrapé alors que vous tentiez de vous enfuir. On vous ramène à la carrière. C’est compris ?

Elsa ne répondit pas mais marqua son approbation en obéissant à la consigne et en se mettant à genoux. Joshua fut plus difficile à convaincre. Pas de temps à perdre avec sa tête de mule, Summer lui mit un gros coup de pied à l’arrière des genoux et dans un mouvement réflexe il s’affala dans la poussière. Summer, lui saisit le col et posa fermement le morceau de bois incurvé sur sa nuque à la manière d’une arme. Dan fit de même. Avec de la chance les deux miliciens ne s’approcheraient pas assez pour constater le subterfuge.

– Je suis désolée. Murmura Summer à l’oreille de son prisonnier. Au même moment les deux chiens de garde tournèrent au coin et tombèrent nez à nez sur eux. Summer s’efforça du mieux qu’elle put de prendre un air confiant et menaçant à la fois. Joshua s’agitait dangereusement sous sa poigne. Elle le connaissait assez bien pour savoir qu’il n’était pas d’accord avec son plan et qu’il voulait se battre. Il se sentait probablement vulnérable ainsi agenouillé devant ceux qu’il méprisait le plus.

– Qu’est-ce qui se passe ici ?
C’était l’acolyte de l’homme-monstre qui s’était exprimé. L’autre ne faisant que fixer intensivement chacun des protagonistes.

– Ces deux-là ont profité de la cohue à la carrière pour tenter une évasion. C’est bon, on a la situation bien en main, ils n’ont pas causé de grabuge !
Summer s’exprima d’une voix forte et claire comme elle l’avait espéré et cela lui insuffla un peu de courage pour continuer :
– On les ramène à Bobby !

Elle avait entendu à plusieurs reprises des miliciens s’exprimer de la sorte au contremaître. Elle en avait donc déduit que c’était son nom ou son surnom peu importe. Le milicien hocha la tête et sembla se contenter des explications de Summer. Il fit un signe à l’homme-monstre pour lui indiquer qu’ils partaient.
Lorsqu’ils tournèrent les talons Summer sentit toute la pression qu’elle avait contenue jusqu’alors lui retomber dessus avec perte et fracas. Sans le train arrivant à pleine vitesse, elle se serait sans doute évanouie. Il leur fallait partir vite et gravir les marches à toute blinde s’ils voulaient avoir une chance d’attraper le train, mais les miliciens prenaient tout leur temps pour partir, avançant lentement n’ayant rien de mieux à faire et visiblement pas pressés d’aller faire joujou avec les chiens enragés de la carrière.
Joshua recommença à s’agiter nerveusement et tenta de se remettre sur ses boots. C’est alors que l’homme-monstre se retourna.
– Je le sens pas celui-là ! S’écria-t-il. Ça sent le rebelle à plein nez. Je ferai mieux de m’en occuper moi-même. Rajouta-t-il à l’adresse de Summer qui sentit de nouveau la panique enfler ses poumons.
– C’est bon j’te dis ! Je sais faire mon boulot aussi bien que toi !! Répliqua-t-elle.
Cependant les trémolos dans sa voix durent la trahirent, car l’homme-monstre n’hésita pas une seconde avant de lui balancer son poing dans la figure.

Summer sentit son poids partir en arrière et elle s’affala dans la poussière complètement sonnée.

– Mon vieux t’aurais pas dû faire ça ! S’écria Joshua avant de se lancer sur son assaillant. Summer percevait des bruits lointains de bagarres furieuses. A la périphérie de son champ de vision, il lui sembla voir Dan et Elsa sur le dos du milicien le plus humain.
Elle voulait intensément se lever et jouer des coudes avec ses amis, mais elle était comme clouée au sol. Peu à peu les bruits redevinrent plus proches et sa vision de plus en plus nette. Elle aperçut le train qui arrivait presque à la gare, ils allaient le rater. Elle devait le dire à ses amis qui étaient tous trop occupés pour remarquer l’imminence du départ.
Elle appuya sa main contre le mur rugueux pour prendre appui et essayer de se remettre sur ses pieds. Sa tentative fut rapidement avortée lorsque le corps lourd de Joshua tomba à la renverse sur elle. Le choc fut intense. Elle ressentit la douleur la submerger et lui couper le souffle. Lorsque l’air s’infiltra de nouveau dans ses poumons, cela lui provoqua une violente quinte de toux.

– Josh, qu’est-ce que tu fous ?! Lève-toi ! Je peux plus respirer ! Réussit-elle à articuler.
Le jeune homme ne lui répondit pas et n’amorça pas le moindre mouvement. L’homme-monstre se jeta de nouveau sur Joshua, écrasant encore un peu plus Summer.
Un éclat brillant attira cependant son attention. L’homme-monstre tenait une sorte de coupe chou et l’agitait dans la direction de son amoureux. Sa vision était bloquée par le corps de Joshua, aveugle Summer était incapable de savoir ce qui se passait. Un cri de Joshua lui remit les idées en place et elle se mit à se débattre comme une forcenée, agitant ses jambes et ses bras pour rouler sous l’amalgame de corps.
Rien à faire, elle resta bloquée. Ses mains dégagées touchèrent le torse de Josh à tâtons. Une quantité inquiétante d’un liquide chaud et gluant se répandit aussitôt sur ses doigts. Au beau milieu de la plaie béante, la garde du coupe-chou plantée mortellement dans le torse de Joshua.

– Josh !! Il se passe quoi ? Est-ce que ça va?! Se mit elle à hurler perdant tout contrôle.
Joshua ne répond pas. Il saisit à deux mains la tête de son assaillant, maintenant à quelques millimètres de son visage, et l’écrase contre le mur de crépit encore et encore.
Il hurle à plein poumons toute sa rage et sa frustration. Il hurle contre ce monde qui n’est plus le sien et continue de frapper la tête de celui qui le représente. Les grognements gutturaux de l’homme-monstre faiblissent enfin et Josh cesse de gesticuler. La lame aiguisée de l’arme est profondément enfoncée dans son ventre et lui provoque des ondes de douleurs insupportables se répandant dans tout son corps, gagnant son cœur et son cerveau.
Il aperçoit le visage baigné de larmes de Summer penché vers lui. Elle lui souffle des mots tendres à l’oreille, lui dit de ne pas abandonner, qu’elle l’aime. Il aimerait lui répondre que lui aussi, mais ses lèvres ne lui obéissent pas, tandis qu’il sent le souffle glacial de la mort le cueillir.

Il n’y a aucun bruit à côté d’elle et Summer en déduit que Dan et Elsa ont réussi à mettre un terme à leur combat eux aussi. Elle est cotonneuse, ne comprend pas ce qui lui arrive.
Le visage de Josh est livide, froid, la faucheuse lui a laissé les yeux ouverts.
Un sentiment qu’elle ne connaît pas l’empli toute entière : une folie meurtrière. C’est tellement fort que ses mains et ses jambes en tremblent. Elle ne peut pas se mettre debout donc elle reste à quatre pattes.
L’homme-monstre respire encore, Joshua l’a seulement mis KO. Aucun doute, il est coriace. Il a fait ses preuves, mais maintenant Summer va mettre fin à sa misérable vie tout comme il a mit fin à celle de l’homme qu’elle aimait.
Elle extrait le coupe chou du corps de Josh dans un bruit de succion répugnant, avant que le milicien ne puisse bouger de nouveau et de ses deux mains, le plante dans son abdomen dur.
Un sang noirâtre lui éclabousse le visage, les mains, les bras, mais elle continue encore et encore jusqu’à ce qu’elle sente la lame se heurter contre ses côtes.
Elle entend des cris mais ne sait pas d’où ils viennent. Des mains la saisissent sous les aisselles, la font se mettre debout. On l’entraîne hors de portée de sa victime et Summer arrive juste à arracher la chaîne de Josh qui pend à son cou avant d’être traînée par des mains puissantes. On la pousse sans ménagement pour qu’elle avance droit devant. Puis, ses pieds gravissent des escaliers et se lancent dans une course contre la montre sans qu’elle ne puisse les maîtriser.

Ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’elle réalise qu’elle est dans le train avec Dan et Elsa qui l’entourent.
Ils y sont arrivés, ils ont quitté le pays à bord du train destination l’Amazonie. Leurs visages sont couverts de larmes et Summer se demande si ce sont des larmes de joie ou de tristesse. Sans doute un peu des deux se dit-elle. Le sien est sec, tout comme ses yeux, sa bouche et son cœur.

– C’est le moment de sauter ! S’écria Dan dont la voix se perdit dans le vent qui s’engouffrait par la porte du train.
Elsa et Summer ne se le firent pas dire deux fois. Elles prirent leur élan et s’élancèrent hors du train, suivies de Dan.
Une fois sur le bas-côté, tous trois se mirent à courir pour ne pas se faire repérer dans le rétroviseur du conducteur du train. Ils ne remarquèrent pas tout de suite qu’il faisait presque frais et que les immeubles éventrés avaient laissés leur place à des arbres et des cultures.
Ce ne fut que lorsqu’ils arrivèrent au bord de l’Amazone qu’ils soufflèrent enfin et observèrent leur nouvel environnement. Summer trouva le paysage magnifique, encore plus beau que dans ses souvenirs.
Elle fut reconnaissante à Dan et Elsa de la laisser un moment seule avec ses pensées. La jeune femme marcha un moment le long du fleuve avant de trouver ce qu’elle cherchait : des papillons morts sur la rive. Elle les aurait voulus blancs comme la coutume, mais elle se dit que Joshua aurait aimé faire différemment. Elle ramassa délicatement les papillons noirs et descendit dans le fleuve boueux pour les disposer dans l’eau autour de la chaîne de Josh.

Destination Amazonie (2)
La tradition disait que les papillons porteraient l’âme du défunt dans l’au-delà, de l’autre côté de la rive.
Ce n’est que lorsque la chaîne coula dans les sombres profondeurs que Summer se laissa enfin aller. Elle pleura et hurla jusqu’à ce que plus rien ne veuille sortir. La jeune femme fut longuement tenter de se laisser couler en même temps que la chaîne de Josh pour le retrouver plus vite que prévu, mais se ravisa. Ce n’était pas ce qu’il aurait voulu. Il aurait souhaité qu’elle aide à construire une vie meilleure, qu’elle rebâtisse un héritage afin que d’autres puissent s’en inspirer.
Fuir la facilité et apprendre à vivre avec la souffrance, voilà une marque de courage pour les générations futures.
Summer sourit : d’une certaine façon ils étaient libres tous les deux, lui plus encore, dans un ultime doigt d’honneur.

Fin

Texte : Samsha Tavernier

Illustrations : Christine Couturier

Destination Amazonie # Part 1

Et voila la première partie de ma nouvelle sur le thème « post apocalypse », j’espère que ça vous plaira!! N’hésitez pas à me donner vos avis en commentaires 😉 

© samsha tavernier, Tous droits réservés

L’article L.335.2 al 3 du Code de la propriété intellectuelle dispose : « La loi incrimine au titre du délit de contrefaçon : toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi ».

Destination Amazonie

Les jambes dans le vide, Summer contemplait le lit sec et rocailleux de l’ancienne rivière. Elle aimait venir s’asseoir sur le vieux pont rouillé et se rappeler comment c’était avant. Elle ferma les yeux et imagina une douce brise rafraîchissante faire voler ses cheveux en un halo autour de son visage. D’habitude, lorsqu’elle se concentrait très fort, elle arrivait à se souvenir du clapotis provoqué par les remous de l’eau contre les pâles parois rocheuses, cependant ce jour-là, le raffut provenant de la carrière l’en empêcha. Elle renonça donc à son rêve salvateur et rouvrit les yeux un peu frustrée. Elle fut un instant éblouie par la blancheur aveuglante du soleil avant de distinguer une silhouette à sa droite, le visage mangé par les ombres dues au contre-jour. Ceci ne perturba nullement Summer qui aurait reconnu l’individu entre mille.
Joshua était torse-nu, ses muscles saillants encore tendus par l’effort récemment effectué. De grosses gouttes d’une sueur poisseuse roulaient entre ses omoplates. Il vient glisser ses jambes entre les croisillons de métal du pont et se laissa tomber à côté de Summer.
Ils restèrent, pour ce qui parut un long moment, plongés dans les yeux l’un de l’autre sans dire un mot. Par les temps qui couraient mieux valait, de toute façon, économiser sa salive. Ce fut Summer qui, la première, rompit leur moment d’intimité, laissant de nouveau courir son regard vers le paysage dévasté s’entendant devant eux à perte de vue.

Destination amazonie (1)

Cela faisait désormais cinq ans que la nature avait repris ses droits sur la civilisation qui l’avait tant malmenée et Summer n’arrivait même plus à se souvenir du dernier jour où elle avait eu froid. Le changement climatique n’était pas survenu du jour au lendemain mais de façon sournoise, discrète malgré que perceptible. Il avait d’abord cessé de neiger, puis les océans s’étaient réchauffés de quelques degrés, les étés étaient devenus caniculaires et les mois d’automne moins pluvieux. Tout cela s’était déroulé à un rythme qui leur avait laissé le temps de s’adapter, de changer leur mode de vie, jusqu’à ce qu’un nouveau dérèglement ne survienne et rajoute une nouvelle variable à leur quotidien. Ce n’est que lorsque la couche d’ozone s’est émiettée comme un vieux gruyère que l’enfer a débuté. La terre est entrée en fusion et les rayons du soleil ont entrepris leur œuvre, imperturbables à la désolation qui s’est répandue sur la terre en même temps que leur chaleur. Bientôt il ne resta plus que des cendres et des gravas pour rendre gloire à la civilisation humaine qui s’était pendant si longtemps sentie invincible.
L’évaporation d’une grande partie des eaux fut suivie d’un phénomène plus dévastateur encore : la fonte des réacteurs nucléaires. Partout où de telles usines avaient existé, les pertes furent considérables. La plupart périrent tandis que les survivants subirent les répercussions des radiations, plus ou moins gravement. Les malformations étaient désormais monnaie courante, les maladies infectieuses également. Ni la faune, ni la flore terrestre ne furent épargnées.

Summer essuya du revers de la main des perles de transpiration qui lui brûlaient les yeux. On aurait pu croire qu’elle se serait habituée à la chaleur depuis le temps, mais il faut croire qu’on ne s’habitue jamais vraiment aux choses déplaisantes. Elle reporta son attention sur les rangers de Joshua se balançant nonchalamment dans le vide.

– J’imagine qu’il est l’heure d’y retourner. Soupira-t-elle.

– Qu’ils aillent se faire voir ! Répliqua Joshua d’un ton acerbe. Le jeune homme était un rebelle dans l’âme, un anticonformiste qui ne supportait pas l’autorité, ce qui lui attirait indubitablement une foule de problèmes. Summer ne tint pas compte de la réponse de Joshua et se remit debout dans un grognement avant de tendre la main à son compagnon. Face à son invitation, il ne protesta pas davantage, lui prit la main et ensemble ils se mirent en route pour la carrière. Là-bas, la cacophonie de burins sur la pierre et l’odeur de rouille étaient étourdissants. De petits nuages de poussières blanches voletaient autour des travailleurs, comme s’ils avaient glissé la tête dans des bulles de savon. Lorsque le contremaître les aperçu, il leur aboya quelques ordres et les affecta à leur mission de l’après-midi.
Après que la catastrophe planétaire ait touchée l’humanité toute entière, on avait cru un instant que les choses finiraient par s’améliorer et que les gouvernements apprendraient de leurs erreurs. Pourtant, le progrès escompté n’avait jamais eu lieu. Au contraire, la nouvelle organisation sociétale fit la part belle à la lutte des classes. La population restante fut divisée en castes bien distinctes : les gouvernants et leur cercle, la milice et les travailleurs.
La caste supérieure occupait les postes les plus gratifiants de la société, disposait de ressources quotidienne assez variées et surtout du droit exclusif de se droguer. En effet, seuls les produits stupéfiants arrivaient encore à soulager les souffrances psychiques et physiques endurées et il était maintenant quasi impossible de s’en procurer. Ironique renversement de situation.
La milice quant à elle était le chien de garde des privilégiés. Composée uniquement d’individus ayant développé des capacités hors normes suite aux radiations. Ces derniers étaient les seuls autorisés à porter des armes – de plus en plus rares – et bénéficiaient de passe-droit partout où ils allaient.
Le dernier groupe, le plus vaste, était constitué par tous les individus restants. Ils se répartissaient les différents postes nécessaires à la survie de l’espèce, certains étant plus gratifiants que d’autres. Joshua, Summer et leur groupe d’amis occupaient un des emplois les plus ingrats : les travaux de reconstruction, s’échinant à la tâche toute la journée et souvent une partie de la nuit. Ce genre de tâches étaient confiés aux jeunes bien portants et ne présentant que des malformations bénignes, voire pas du tout. Dans ce dernier cas, les mauvais traitements étaient encore plus fréquents, comme s’il fallait rééquilibrer la balance.
Déblayer les gravats, tailler en pièces les blocs de pierres les plus importants, revisser les rails de chemins de fer les moins endommagés. Rien qu’en pensant au travail de forçat qui l’attendait, Summer se sentit exténuée.
Au cœur de l’après-midi, la chaleur devint tellement insupportable que des malaises intervinrent à répétition et le seul réconfort de Summer fut de travailler main dans la main avec son amie Elsa. La jeune femme avait pris l’habitude de chantonner pendant ses travaux de bagnard. Sa voix était claire et apaisait quelque peu les maux de Summer.

Tard dans la soirée, les ombres s’allongèrent enfin et l’astre solaire perdit de l’altitude faisant baisser de quelques degrés la température. Toujours pas le signe d’un souffle d’air frais mais ce changement fut néanmoins accueilli de bon cœur. Un sentiment assez proche de la satisfaction emplit la jeune femme lorsqu’elle constata sur le planning projeté toutes les heures sur le bâtiment central qu’elle était de repos pour la nuit. Elle allait enfin pouvoir dormir un peu. Avec un peu de chance Joshua serait off également et ils pourraient passer la nuit ensemble. Les moments d’intimité ne leur étaient pas souvent accordés étant donné qu’il fallait une autorisation des gouvernants avant de pouvoir concevoir une progéniture. Les ressources s’amenuisant constamment, les bouches supplémentaires à nourrir n’étaient pas vues d’un bon œil.
Au loin, Summer entendit la voix grave de Joshua. Ils n’étaient pas censés parler au travail, mais comme à son habitude le jeune homme n’en avait cure. Il n’était pourtant pas du genre loquace et probablement parlait-il pour ne rien dire dans un pur esprit de provocation. Elle s’approcha pour lui faire part de la bonne nouvelle, s’imaginant déjà calée contre son torse. Lorsqu’il la vit, le jeune homme lui saisit le poignet et la tira en retrait derrière une vieille carcasse de voiture dont la carrosserie oxydée avait pris des teintes orageuses.

– Marshall a obtenu une info. Un vieil immeuble désaffecté au sud de la ville où ils ont stocké tout un tas de livres qu’ils comptent détruire demain…

– Il faut donc agir cette nuit … finit la jeune femme dans un soupir. En quelques secondes tous ces merveilleux plans venaient de tomber à l’eau. A la place une bonne dose d’adrénaline et l’angoisse d’être pris à tout instant.

Non seulement les castes supérieures reproduisaient les erreurs du passé, mais elles souhaitaient également en effacer toutes traces. Éradiquer le passé, « une belle connerie » comme disait Joshua. Chaque trace de civilisation antérieure était soigneusement détruite, dans le but de repartir sur de nouvelles bases plus saines selon la propagande officielle. Mais aucun des amis de Summer n’était dupe. C’était surtout pour leur faire peu à peu perdre toute trace d’humanité persistante et les sentiments allant avec comme la compassion, le désir … la révolte.
L’idée que des centaines de milliers d’objets appartenant à une vie meilleure puissent disparaître pour de bon était insoutenable. Les chefs d’œuvre de la littérature, les toiles de maître, les reliques religieuses tout y passait. Aussi le groupe de cinq amis composés de Summer, Joshua, Elsa, Marshall et Dan luttait bec et ongles pour sauver ce qui pouvait encore l’être. Un peu partout dans le pays des petites factions de défenseurs du passé comme la leur s’étaient créées. Lorsque c’était possible elles communiquaient entre elles par le biais des anciennes stations de radio en langage codé. C’était comme ça qu’ils obtenaient des infos parfois véridiques, parfois non. Lorsqu’un livre ou une peinture était sauvée c’était déjà une victoire. Leur mission consistait alors à la photographier – lorsqu’un tel dispositif technologique était en leur possession – ou a la reproduire vulgairement en plusieurs exemplaires. La reproduction était une tâche difficile qui consistait à recopier ligne après ligne un texte original. Des heures entières y étaient consacrées chacun se relayant à tour de rôle. L’œuvre était ensuite conservée dans un endroit secret où viendraient l’y rejoindre quelques autres avant de sceller les lieux et de trouver une nouvelle cachette pour qu’en cas de découverte par la milice toutes les œuvres ne soient pas mises en danger.

– On a des infos sur ce que c’est ? Murmura Summer.
– Apparemment des dizaines de livres : des essais, des pièces de théâtre. Selon la source de Marshall il y aurait même une bible.
– Waouh ! C’est quoi le plan ? Qui vient ? – Elsa, Dan, toi et …

– N’y compte même pas ! L’interrompit-elle. Un pli soucieux s’était formé entre ses sourcils en constatant l’expression de Joshua. Il voulait venir, ne supportant pas de rester de côté lors de telles missions, mais c’était trop dangereux. S’il n’était pas de repos cette nuit, fuir quelques heures son poste de travail pourrait faire capoter la mission. Surtout qu’en ce moment le contremaître était aux abois, la restauration de la ligne principale de chemin de fer devant être clôturée d’ici la fin de la semaine.

– Je serais discret et Marshall me couvrira. Maugréa Joshua. Summer n’eut pas le temps de répliquer. Elle entendit derrière elle les grosses bottes du contremaître, bruit qu’ils avaient tous appris à reconnaître rapidement pour éviter les ennuis. Ils étaient cuits. Il allait les questionner pendant des heures sur l’objet de leur petite discussion et allait probablement supprimer le off de Summer par la même occasion.
Joshua la tira brusquement vers lui et colla sa bouche sur la sienne dans un baiser passionné. Elle sentit son souffle chaud pénétrer dans sa bouche entrouverte et sa langue danser contre la sienne. Elle espérait que leur tentative les épargnerait un peu. Être pris en flag de flirt n’était pas sévèrement puni tant que ça n’allait pas trop loin, surtout lorsqu’on était en couple depuis un certain temps comme Summer et Joshua. En outre, le contremaître était un vicelard qui aimait bien se rincer l’œil de temps en temps. Summer enroula ses bras autour de la nuque de Joshua, histoire de donner l’illusion d’un geste plus spontané. Le raclement de gorge du contremaître les interrompit et malgré sa façade sévère, Summer lut clairement une lueur lubrique et amusée dans son regard.

– Éloignez-vous l’un de l’autre immédiatement ! On n’est pas à l’hôtel ici, retournez au travail et que ça saute ! Summer et Joshua s’exécutèrent sans faire d’histoire, la jeune femme prit même un air affreusement gênée pour donner le change.

– Toi, je t’ai bien à l’œil ! Fais gaffe avec moi ! Ajouta le contremaître à l’adresse de Joshua un doigt accusateur pointé sur sa poitrine. Joshua ne cilla pas, ne fit pas un pas de recul, ni ne baissa les yeux comme l’aurait exigé la convenance. Au contraire, il arborait une expression de défi à peine dissimulée sur le visage, les épaules bien droites, ses rangers campés dans le sol prêt à en découdre. S’il continuait comme ça, ça sentirai vite le roussi. Le contremaître appellerait la milice qui ne se trouvait jamais bien loin et à un contre deux ou trois, Joshua se prendrait une taulée monumentale. Non pas que ce soit la première fois, mais ça déchirait toujours le cœur de Summer de voir l’homme de sa vie se faire malmener à coup de poings et de barres de fer.
D’un signe de la tête, elle indiqua à Joshua de lâcher l’affaire et à sa grande surprise, pour une fois, il l’écouta. Il baissa lentement les yeux et cela parût satisfaire le contremaître au plus haut point, alors qu’une minute auparavant il était probablement prêt à uriner dans son froc trop serré.
Rassurée, Summer allât reprendre sa place à côté d’Elsa, une très belle jeune femme, bien faite à peau noire tannée par le soleil lancinant.

– Je suis au courant pour cette nuit. Lui glissa-t-elle à l’oreille. Elsa acquiesça pour lui faire comprendre qu’elle avait entendu et qu’elles en parleraient plus tard.

Une éternité passa avant que le soleil ne se décroche enfin du ciel et qu’une accueillante obscurité les englobe, impénétrable.
Summer, Dan et Elsa se tenaient dans une baraque de chantier à une cinquantaine de mètre de la carrière. Un plan tracé grossièrement à la main déplié entre eux et une unique flamme de bougie pour éclairer la scène. Du doigt, Dan traça un trait invisible entre leur point de départ et l’immeuble désaffecté, point d’arrivé. Joshua n’avait pas menti lorsqu’il avait indiqué que ce dernier se trouvait au sud de la ville. Il leur faudrait au moins trois heures de course avant de l’atteindre, sans compter qu’ils seraient ralentis par les multiples détours nécessaires pour rester invisibles aux yeux de la milice déployée dans toute la ville à cette heure tardive.
Sans tarder davantage, les trois amis se mirent en route en emportant chacun un sac à dos vide – pour y transporter leur trésor sur le chemin du retour – et une gourde à moitié vide, la sécheresse permanente ne leur permettant pas de boire à leur soif.

La traversée fut longue et éprouvante. Malgré l’heure le thermomètre devait bien indiquer dans les 34 degrés et l’effort à accomplir n’en fut que plus difficile. A moitié courbés, ils couraient silencieusement dans les ruelles longeant les murs des hauts bâtiments. Ils étaient tendus, sur leur gardes et devaient sans cesse s’arrêter ou rebrousser chemin : un bruit les faisant sursauter ou une bagarre de rue attirant les hommes de la milice sur les lieux.
Alors qu’ils ralentissaient une nouvelle fois la cadence, Summer regretta que Joshua ne soit pas là pour prendre la tête des opérations. Nul doute qu’il ne prendrait pas toutes ces précautions et foncerait malgré la présence de la milice à quelques rues près. C’était certes plus dangereux, mais à cette allure l’aube aurait le temps de pointer son nez qu’ils ne seraient toujours pas arrivés à destination.
Elle ouvrit précautionneusement sa gourde tâchant bien à ne pas verser une seule goutte de son précieux contenu sur le sol aride qui l’absorberait aussitôt et s’accorda deux longues gorgées qui lui laissèrent un étrange goût dans la bouche. Son palais était si sec qu’elle parvint à peine à déglutir. Cachés dans l’ombre de ce qui restait d’un grand building, ils se tenaient tous les trois silencieux tandis que des voix se rapprochèrent dangereusement. Le sang de Summer se mit à lui vriller les tympans à mesure que les pas avançaient dans leur direction.
Ils s’arrêtent brusquement à un ou deux mètres d’eux :

– Il a l’air complètement stone celui-là non ? Demanda l’un deux. Celui à qui il s’adressait ne répondit pas, mais émit un grognement guttural qui la fit frissonner. Elle se risqua à passer la tête à découvert pour observer la scène avant que Dan ou Elsa ne puisse l’en dissuader. Ce qu’elle vit lui fit froid dans le dos. Le second milicien était monstrueux. Une aberration de la nature façonnée à grand renfort d’ondes radioactives. Il faisait une bonne tête de plus que son compagnon – pourtant déjà grand – et avait une carrure au moins deux fois plus imposante. Une de ses mains vous aurait facilement broyé la tête à la manière d’un presse-citron. Il était imberbe et la faible lueur de la lune se reflétait sur son crâne lisse le teintant d’une étrange couleur bleutée. L’homme-monstre saisit par le col un homme qui gisait par terre quelques instant auparavant, de toute évidence un travailleur, et le plaqua violemment contre le mur en lui aboyant à la figure :

– Tu as pris quoi ? De gros postillons atterrirent sur la figure de l’homme qui ne réagit pas.
– Qui est ton fournisseur ?? L’homme-monstre réitéra sa question face au silence de sa victime, puis commença à lui cogner vigoureusement la tête contre le mur espérant des aveux. Cette vision de violence fit frémir Summer. Comment pouvaient-ils en être arrivés là ? Elsa lui tira sur sa manche pour lui indiquer que la voie était libre, il était temps de repartir.
Summer fut soulagée de pouvoir échapper au reste de la scène et au triste sort qui attendait sans doute le drogué. Le reste du chemin ne fut plus interrompu et Summer s’appliqua à courir aussi vite que ses jambes fatiguées le lui permettaient afin de mettre le plus de distance possible entre elle et la scène qui la hantait toujours.
Enfin, ils distinguèrent le grand immeuble désaffecté. La plupart des fenêtres étaient brisées et du verre jonchait le trottoir. L’immeuble avait dû être un luxueux building empli de bureaux huppés compte tenu de son emplacement au sein du quartier d’affaire. Il comportait facilement une vingtaine d’étages et Summer se demanda combien de temps cela leur prendrait avant de mettre la main sur ce qu’ils étaient venus chercher. Il leur fallait se dépêcher, le jour se levant dans quelques heures à peine.

Une fois pénétrés à l’intérieur de l’immeuble, une forte odeur de roussie s’immisça dans leurs narines et ils ne leur fallu pas plus d’une seconde pour comprendre. La destruction avait eu lieu plus tôt que prévu. Tous les trois se ruèrent vers les escaliers de service et grimpèrent quatre à quatre les marches, suivant leur odorat jusqu’à la source du brasier. S’ils faisaient vite, ils pourraient peut-être sauver quelque chose. Il fallait qu’ils sauvent quelque chose, impérativement. Ils ne pouvaient pas avoir fait tout ça pour rien. Summer le refusait. Elle se souvint de ce qu’ils étaient censés trouver ce soir : une bible. C’était tellement rare, qu’elle s’était refusé d’y croire, mais s’ils avaient mis le feu plus tôt c’est que ce devait être vrai. Cette idée la fit redoubler de vitesse. Elle dépassa ses amis, sans les attendre et se rua sur la porte coupe-feu qu’elle tira de toute ses forces, une ouverture juste assez grande pour qu’elle puisse s’y faufiler.
Elle tomba à genoux devant le spectacle qui s’offrit devant elle. D’immenses flammes rouges léchaient le plafond de béton dégageant une épaisse fumée noire. Une chaleur digne de l’enfer se propageait, insensible aux larmes de Summer. Il était trop tard. Il ne restait que des cendres et des braises rougeoyantes de ce qui autrefois avaient fait la fierté de la race humaine. Un héritage de plus partis en fumée. Elle sentit à peine les mains réconfortantes de Dan et d’Elsa sur ses épaules secouées de sanglots. Elle ne voulait plus appartenir à ce monde de misère et la seule idée qui la réconforta c’est qu’ils fuiraient bientôt tous ensemble. Ils avaient entendu dire qu’une partie de l’hémisphère sud avait été plus ou moins épargnée par les catastrophes en chaîne. Les radiations y étaient également moins importantes, les usines nucléaires étant plus rares dans les pays dit du tiers-monde. Il restait même un semblant de vie sauvage dans certaines zones. Les rails qu’ils réhabilitaient permettraient dès la fin de la semaine à des cargaisons de voyager jusqu’à l’extrême pointe sud de l’Amérique latine. Leur plan était d’embarquer tous les cinq à bord d’un de ces trains de convoyage et de sauter en route une fois arrivés : destination l’Amazonie.

A suivre …

Texte : Samsha Tavernier

Illustrations : Christine Couturier