Au temps des requins et des sauveurs – Kawai Strong Washburn

C’est en lisant la chronique de la blogueuse littéraire « Pretty Rosemary » (ici) que j’ai découvert « Au temps des requins et des sauveurs » et que j’ai eu envie de le lire. J’étais très intriguée par ce drame familial se déroulant sur les terres de légende Hawaïennes.

Le livre : « Au temps des requins et des sauveurs » (ici)

Crédit photo : L&T

L’auteur : Kawai Strong Washburn est un auteur Hawaïen. Il est né et a grandi sur la côte Hamakua. Son premier roman, « Au temps des requins et des sauveurs », a remporté le prix PEN/Hemingway 2021 et le Minnesota Book Award 2021 ; il a également été sélectionné pour le premier prix du premier roman du Center For Fiction 2020 et a été finaliste pour le PEN/Jean Stein Book Award 2021.

Le résumé : « En 1995 à Hawaii, au cours d’une balade familiale en bateau, le petit Nainoa Flores tombe par-dessus bord en plein océan Pacifique. Lorsqu’un banc de requins commence à encercler l’enfant, tous craignent le pire. Contre toute attente, Nainoa est délicatement ramené à sa mère par un requin qui le transporte entre ses mâchoires, scellant cette histoire extraordinaire du sceau de la légende. Sur près de quinze ans, nous suivons l’histoire de cette famille qui peine à rebondir après l’effondrement de la culture de la canne à sucre à Hawaii. Pour Malia et Augie, le sauvetage de leur fils est un signe de la faveur des anciens dieux – une croyance renforcée par les nouvelles capacités déroutantes de guérisseur de Nainoa. Mais au fil du temps, cette supposée faveur divine commence à briser les liens qui unissaient la famille. Chacun devra alors tenter de trouver un équilibre entre une farouche volonté d’indépendance et l’importance de réparer la famille, les cœurs, les corps, et pourquoi pas l’archipel lui-même ».

Mon avis : Je me suis rapidement laissée happer par ce livre atypique qu’il est difficile de classer dans une catégorie littéraire.

Il s’agit d’une histoire polyphonique qui nous est narrée par Malia (la matriarche), ainsi que par Nainoa, Dean et Kaui (ses enfants). Tous grandissent à Hawaï, initialement loin des grandes villes touristiques. Ils tentent de vivre en harmonie avec la nature et de perpétuer les coutumes ancestrales de l’île.

Si les enfants se créent de tendres souvenirs en se confrontant aux éléments, en jouant dans les vagues puissantes portées par l’Océan ou encore en se désaltérant à coup de sodas sucrés qui collent aux doigts, la famille est malheureusement rattrapée par les soucis financiers et est contrainte de quitter la Vallée pour se rapprocher d’Honolulu. Là-bas, la vie a une saveur différente. Les tours de bureaux et les complexes hôteliers prennent le pas sur la nature, les touristes (les « haoles ») envahissent plages et cafés et la vie des insulaires doit s’adapter au détriment des légendes et coutumes hawaïennes.

C’est dans ce climat délétère que les parents de Nainoa, Dean et Kaui tentent de survivre en cumulant plusieurs petits boulots pour pouvoir nourrir leurs trois enfants.

Le fragile équilibre familial va être bouleversé par un événement proprement extraordinaire : lors d’une excursion en bateau, Nainoa tombe à l’eau, encerclé par un banc de requins. Ces derniers vont toutefois le prendre dans leurs mâchoires et le ramener, sain et sauf, à l’embarcation. Aussitôt, il devient une légende locale et cristallise les espoirs de sa mère qui voit en lui un élu des anciens Dieux, ayant pour mission de sauver Hawaï et de lui redonner sa sauvage prestance d’antan.

Constamment déifié et érigé en sauveur, Nainoa va effectivement s’avérer doté de dons qui sont, en réalité, une malédiction, bien trop grands et lourds à porter pour une seule personne. Que faire seul face à la transformation du monde et à l’avènement du nouveau Dieu qu’est le capitalisme ?

Dean et Kaui ne supportent plus toute cette attention qui est donnée à leur frère, à leur détriment. A l’image d’Hawaï, la famille se disloque doucement mais sûrement. Ils finissent par partir vivre leur vie d’adultes sur le Continent. Le rêve américain n’est toutefois pas si accessible qu’on voudrait nous le faire croire…

Chacun nous raconte son histoire jusqu’à la catharsis. Le tout sur fond de mysticisme et de mythologie insulaire (en témoigne d’ailleurs le découpage très biblique du roman en quatre parties : « Libération », « Ascension », « Destruction », « Renouveau »).

La psychologie des personnages est développée et intéressante. Je me suis beaucoup attachée aux trois membres de la fratrie, tous très différents les uns des autres, avec leur propre personnalité, aspirations et démons (ce qui est d’ailleurs bien retranscrit via le style des différents chapitres qui leur sont dédiés, à la façon de monologues intérieurs).

L’île d’Hawaï est, bien sûr, un personnage à part entière. Peut-être même le plus important de tous. On sent que seul un auteur Hawaïen pouvait écrire cette histoire et rendre hommage de cette façon à son île, sa culture et son héritage.

J’ai apprécié le style de Kawai Strong Washburn, lequel m’a transporté dans cette atmosphère envoûtante et a su convoquer des émotions à plusieurs passages.

Je suis tout de même un peu perplexe quant à la fin de l’histoire dont l’interprétation m’échappe, je dois bien l’avouer. Cependant, l’important n’est, selon moi, pas les dernières pages du roman. En effet, l’intérêt réside dans la dimension psychologique et l’analogie entre le drame vécu par cette famille déracinée au sein même de son île et le destin d’Hawaï qui s’occidentalise quitte à en oublier son passé.

En bref : Une lecture différente de ce dont j’ai l’habitude (en lisant les chroniques d’autres lecteurs, je constate que je ne suis pas la seule à avoir quitté ma zone de confort littéraire avec ce premier roman de Kawai Strong Washburn). J’ai toutefois pris plaisir à découvrir un petit bout d’Hawaï dans toute sa complexité et ses enjeux actuels via une famille qui, malgré les mésententes et les incompréhensions, continue de s’aimer à sa façon. Une expérience de lecture que je vous recommande donc. Pour avoir une petite idée du style de l’auteur, je vous renvoie à ma sélection de citations tirées du livre et à retrouver dans cet article (ici). 

Etes-vous intrigués par ce roman ? Avez-vous envie de le découvrir ?

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